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Tous supports confondus, le cinéma muet n’en finit pas de faire l’actualité. A défaut de se généraliser, les ciné-concerts créent toujours l’événement car ils proposent un spectacle total, alliant projection de films privés de son et musique jouée en public. Le DVD aide l’historien dans sa réflexion, mais permet aussi un transfert vers le numérique qui rend le processus de restauration plus aisé. Internet, enfin, demeure un moyen de toucher un nouveau public, de créer une nouvelle interactivité entre le spectateur et le film qui perd toutefois ici de sa dimension spectaculaire. Grâce à l’action conjuguée d’organismes privés et publics comme la société Lobster de Serge Bromberg, la Fondation Gan ou les diverses cinémathèques, le cinéma muet n’a de cesse d’être restauré, archivé, projeté, partagé. Pourtant, la question est complexe. Avec le temps, les films qui se détériorent dans les caves humides ou les greniers mal chauffés sont de plus en plus difficiles à réparer. Le constat est d’autant plus alarmant que la moitié du patrimoine cinématographique n’existe plus. Mais des miracles existent. Deux bobines de Metropolis, jugées perdues, ont été retrouvées en Argentine en 2008 et récemment projetées au festival de Berlin. Les artistes du cinéma des années 1910 et 1920 sont (re)découverts au fil des rétrospectives – Pola Negri en avril à la Cinémathèque française – et des éditions DVD – Frank Borzage à travers un magnifique coffret sorti aux Etats-Unis. Cependant, cette vitalité ne s’arrête pas à la résurrection de momies, mais s’étend également au cinéma contemporain. Ainsi, Peter Jackson et Guy Maddin le citent ouvertement comme référence. Quant à John Barrymore, quelle meilleure preuve de son immortalité que sa filiation avec sa petite fille Drew (Barrymore) ? Assemblés, bricolés, revenus d’entre les morts, les acteurs et les témoignages d’une période située hors du temps n’en finissent pas de nous hanter. It’s alive !

Taille : 60.32 Mo
Michael Jackson et le cinéma se rencontrent en 1978 sur le tournage de The Wiz, version all black casting du Magicien d’Oz réalisée par Sydney Lumet. Mais le film fut un échec financier et stoppa durablement l’intérêt de Hollywood pour les comédies musicales noires à gros budget. Les plateaux de cinéma semblaient alors à jamais fermés à Michael Jackson. Mais celui-ci décida que si le cinéma ne souhaitait pas l’accueillir, il l’embarquerait dans son propre univers. Il donna alors une dimension nouvelle au vidéo-clip. Ses films, dotés de budgets pharaoniques, furent tournés en pellicule. Ils racontent une véritable histoire et, pour certains, s’ouvrent et se ferment sur de véritables génériques complets. Dans The Wiz, Michael Jackson (L’épouvantail) empruntait aux côtés de Diana Ross la célèbre « Yellow Brick Road » menant au château du magicien d’Oz. Cette route, c’est le chemin qu’il a choisi pour rejoindre le cinéma. Il y a rencontré d’étranges personnages nommés John Landis, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, David Lynch, David Fincher, Spike Lee ou Stan Winston. Au bout de son périple sur la route de briques jaunes, enfin devenu magicien d’Oz, il a trouvé les marches rouges du Festival de Cannes, gravies avec jubilation en 1997 lors de la présentation du moyen métrage Ghosts. Ironie amère, c’est sa mort qui entraînera son véritable avènement cinématographique. Un dernier film, véritable long-métrage de cinéma, pour présenter au monde un spectacle à jamais inédit. This is it.

Taille : 26.76 Mo
Les relations de René Clément avec la critique sont pour le moins chaotiques. Soutenu par les anciens, raillé par les modernes, il s’est trouvé bien malgré lui au centre d’un débat idéologique et esthétique dont il ressortit affublé d’étiquettes plus péjoratives les unes que les autres. Retombée depuis dans une relative indifférence, son œuvre reste cependant à redécouvrir. Certes, il fut un grand technicien, mais le confiner dans ce rôle serait réducteur tant il excelle dans la direction d’acteur, le cadrage ou l’art du récit. L’ancien étudiant en architecture à l’école des Beaux-Arts fut un artiste complet dont le peu d’œuvres réalisées (16 longs métrages) témoignent de la minutie apportée aux détails de ses créations et éclairent d’un jour nouveau l’appellation de « réalisateur de la qualité » dont il fut le porte étendard. Tout en gardant une continuité et une récurrence thématiques et plastiques sur 30 ans de carrière, la filmographie de René Clément est une véritable traversée de l’Histoire du cinéma : regarder ses films dans leur chronologie et dans leur progression en apprend tout autant sur l’artiste que sur le contexte cinématographique où il évolua. Et s’il s’adapte aux différentes modes, c’est moins par opportunisme que par éclectisme sincère et goût réel du changement. Touche-à-tout, il demeure à l’écoute du monde et à l’affût des bonnes idées quelle qu’en soit l’origine, populaire ou élitiste, artistique ou technologique, française ou étrangère. Cinéaste de son temps, René Clément est un digne représentant de cette « certaine tendance du cinéma » français dont le mérite était de rassembler le public dans sa variété, d’exhiber sa richesse esthétique et de promouvoir un art universel et accessible.

Taille : 32.13 Mo
Quel autre comédien sinon lui peut-il se targuer d’avoir si souvent côtoyé les cieux ? Quelle autre star aurait pu interpréter les rôles de saint, de messie ou d’homme historique avec tant de naturel ? Quel autre homme est-il entré avec tant de force dans les mœurs implicites de la culture américaine ? Garder de lui la dernière image qu’il laissa serait réducteur. Ce serait faire fi à la fois de toute l’ambiguïté de sa personnalité, de ses engagements démocratiques et de son importance cinéphilique ainsi que de ses qualités de comédien. Cet acteur de théâtre qui fit ses premières armes à la télévision avant d’être repéré par les producteurs savait magnifiquement jouer de sa prestance. Sa présence, évidente et cinégénique par sa violence, fit écrire à Michel Mourlet dans un article des Cahiers du cinéma demeuré célèbre qu’il était un axiome. Pour la mémoire cinéphile, il était, il est et il demeurera toujours le Moïse tel que mis en scène par Cecil B. DeMille. Comme on ne se débarrasse pas facilement d’un tel mythe, durant tout le restant de sa carrière, il resta malgré lui marqué comme au fer rouge par cette aura biblique et épique qu’il exporta vers d’autres lieux, d’autre temps et d’autres genres. Mais qu’on se le dise, ce qui pour d’autres eut été un fardeau, Charlton Heston l’assuma sans rechigner. Des années 1950 aux années 1980, il sut imposer son personnage et traverser les différentes modes tout en adoptant les standards esthétiques des différents âges hollywoodiens. Il y a maintenant tout juste un an, la disparition de Charlton Heston laissait un grand vide. Il était l’un des ultimes survivants de l’ancienne Hollywood, l’un des derniers à voir travaillé avec les hommes qui inventèrent l’industrie du rêve et à pouvoir en témoigner. Les cycles suivent implacablement leur cours. Au devoir de mémoire succède désormais le devoir d’Histoire. Avec Charlton Heston s’en sont allés une partie des souvenirs mais comme Moïse il laisse derrière lui un héritage à l’humanité. Car si la grandeur d’une star se mesure à l’importance des films dans lesquels elle joua et à celle des personnages qu’elle interpréta, alors Charton Heston est un acteur immense.

Taille : 13.98 Mo
Celui qui fut le protégé de Steven Spielberg à sa sortie de l’Université Southern California est devenu – en trente ans, quinze long-métrages et un Oscar du meilleur réalisateur (pour Forrest Gump) – l’une des figures de proue du cinéma hollywoodien. Producteur de ses derniers films, il est aussi à l’origine de la série télévisée Les contes de la crypte, ainsi que le co-fondateur de la Dark Castle Entertainment, société spécialisée dans la production de films d’horreur, et notamment de remakes de films de William Castle. L’influence de Zemeckis sur l’esthétique de la production contemporaine est réelle : le succès de Qui veut la peau de Roger Rabbit a repopularisé le mélange entre animation et prise de vues réelles, alors que ses trois projets en performance capture ont rendu populaire cette nouvelle manière de faire du cinéma que Steven Spielberg, Peter Jackson et Tim Burton ont d’ores et déjà adopté pour leurs nouveaux projets. Parce qu’il se trouve toujours au cœur des révolutions technologiques les plus spectaculaires, Zemeckis est souvent considéré avant tout comme un cinéaste-technicien. Bien que dénoncée, cette vision pour le moins réductrice semble toutefois persister. La technique, qu’il parvient effectivement à intégrer à son langage cinématographique de manière toute naturelle, n’est pourtant pour lui qu’un outil de mise en scène parmi d’autres. Outil qu’il sait également mettre de côté, comme en témoignent certains des plus beaux moments de Seul au monde dans lesquels le cinéaste parvient, par le jeu du seul montage, à magnifier le rapport entre le héros et son alter-ego en forme de ballon de volley-ball. Les thématiques du cinéma de Robert Zemeckis (métamorphoses corporelles, voyages spatio-temporels, expériences fantastiques…) sont nombreuses et relativement bien définies. Des Beatles (I Wanna Hold Your Hand) au Père Noël (Le Pôle Express) en passant par le Vieil Ouest (Retour vers le futur 3), ses films s’intéressent aux croyances et aux grands mythes historiques et culturels. Très référencés et volontiers réflexifs, ils développent également une pensée relative à l’histoire du cinéma et aux modalités de leur propre création. Autant de directions dont témoignent les textes de ce dossier.

Taille : 39.79 Mo


Le Roman russe au cinéma


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© Revue Acmé – Février 2011
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