Inglorious Basterds
Mardi 15 Septembre 2009
Une vraie leçon d’histoire !
Derrière l’écran, il y a un amas de pellicule. On a tendance à considérer que la pellicule sert uniquement à projeter des films et on oublie quel merveilleux combustible elle peut faire. Le cinéma est une arme de pointe ! Dans quelques secondes, Marcel va mettre feu au Gamaar (un cinéma). Vous ne le savez sans doute pas, mais c’est comme cela qu’on a gagné la seconde guerre mondiale ! Inglourious Basterds retrace l’opération « kino », un épisode méconnu de notre histoire contemporaine. L’essentiel est là : les nazis voulaient conquérir le monde avec la UFA mais les grands studios hollywoodien l’en ont empêché. La seconde guerre mondiale n’a pas seulement opposé Churchill et Hitler mais aussi Selznick et Goebbels.
Derrière l’écran, il y a un amas de pellicule. On a tendance à considérer que la pellicule sert uniquement à projeter des films et on oublie quel merveilleux combustible elle peut faire. Le cinéma est une arme de pointe ! Dans quelques secondes, Marcel va mettre feu au Gamaar (un cinéma). Vous ne le savez sans doute pas, mais c’est comme cela qu’on a gagné la seconde guerre mondiale ! Inglourious Basterds retrace l’opération « kino », un épisode méconnu de notre histoire contemporaine. L’essentiel est là : les nazis voulaient conquérir le monde avec la UFA mais les grands studios hollywoodien l’en ont empêché. La seconde guerre mondiale n’a pas seulement opposé Churchill et Hitler mais aussi Selznick et Goebbels.
Le cinéma : tout ce qui nous reste de la seconde guerre mondiale
Inventé à la fin du dix-neuvième siècle, on ne sut d’abord pas quoi faire du cinéma. Etait-ce un jouet, une science, un art ? Et si le cinéma avait plutôt été créé pour asservir le monde ? Si on résume les choses de façon grossière (mais il faut avoir l’esprit de synthèse), le vulgaire figurant que l’on est dans la réalité peut devenir un dieu tout puissant s’il parvient à acquérir une caméra. Tarantino l’a bien compris. La réalité lui fait d’abord peu de cadeaux. Heureusement, il est cinéphile compulsif. Il voit plus de six films par jour. Il les digère, les remonte, cherche les meilleures scènes et les garde en mémoire pour pouvoir les réutiliser. Même les plus mauvaises séries Z ! C’est décidé : quand il sera grand, il sera cinéaste. Il se servira de tous ces petits détails qu’il a pompés chez les bons (et les moins bons) réalisateurs afin de créer un objet hybride : un film signé Tarantino.
De la seconde guerre mondiale, il ne connaît que des images, des films pour la plupart tournés à Hollywood. Pas de grand-père rescapé d’Auschwitz, pas d’oncle débarqué en Normandie. De plus, il ne foutait rien à l’école (ce qui explique quelques approximations historiques) ! Aucune importance, son épopée guerrière ressemblera à tous les films qu’il a vus.
Pourquoi assister à la projection d’un long métrage qui ne serait que le recyclage de matériaux réunis par un cinéphile obsessionnel ? Parce que Tarantino manie l’anachronisme comme personne ! OK, ce sera un film de commando, mais en même temps ce sera un western spaghetti, les yankees passeront à tabac les nazis avec une batte de base-ball et ils les scalperont comme des apaches! Les professeurs d’histoire vont apprécier ! Le programme du film est donné dès le générique. Sans prévenir, le lettrage change. On le sait depuis Pulp Fiction, Tarantino n’aime pas tenir la même note pendant tout un film. L’unité ce n’est pas son truc. Il va piocher des plans et des idées de mise en scène dans tous les films qu’il voit et il se fiche comme une guigne que ce soit un western (d’ailleurs il nous fait à nouveau le coup de La prisonnière du désert), un film de montagne ou un film de Jean-Luc Godard ! L’éclectisme prime dans les inspirations d’Inglourious Basterds comme dans la programmation du Gamaar.
Du terrorisme cinématographique !
Les héros des films de Tarantino aiment aller au cinéma. Ils sont fan de Lee Marvin comme Mr Blonde, vont dans des restaurants pour être servis par des sosies de Marylin Monroe comme Vincent Vegas, critiquent le flingue du Killer comme Ordell. Parfois ils sont aussi cascadeurs comme Mike Stuntman.
Dans Inglourious Basterds, on passe dans la cour des grands : les héros font des films et pas n’importe lesquels : des films qui ont l’objectif de gagner la seconde guerre mondiale ! Goebbels tourne La gloire d’une nation avec le sergent York allemand (Fredrick Zoller) dans son propre rôle (ne me demandez pas, pourquoi mais ce film dans le film a été tourné en anglais). Le sujet est guerrier : de son perchoir, Frederick Zoller dégomme des dizaines de malheureux soldats alliés qui finiront par quitter la ville au bout de quatre jours. C’est une histoire vraie…enfin, le sniper Zoller l’affirme.
Gérante du Gamaar, Shosanna Dreyfus, de son côté, tourne un film plus intimiste « rien que pour les nazis ! » Au moment de faire brûler vifs les grands dignitaires du régime qui assistent avec Hitler à la première de La gloire d’une nation, elle a pensé opportun de les prévenir par l’irruption de ce court film sur l’écran du Gamaar. Le dispositif est simple : en gros plan et regard caméra, Shosanna annonce les événements. Prendre un film de propagande nazie et y incorporer un court métrage très nouvelle vague, c’est du terrorisme cinématographique et c’est une démarche qui ressemble beaucoup à celle de…Quentin Tarantino !
On pourrait croire qu’Inglourious Basterds a eu plusieurs auteurs, que c’est un cadavre exquis filmé. Peut être que dans la salle où j’ai vu le film, un projectionniste malveillant a collé des morceaux de film différents (un Sergio Leone pour commencer, puis un film d’Aldrich, puis du Fassbinder, puis du Lubitsch) afin de créer la confusion dans la tête des spectateurs. Il est possible aussi que le projectionniste ait été étourdi et qu’il ait mélangé les bobines de films différents !
Y a-t-il un fil conducteur à ce pot pourri ? Oui et il s’appelle Hans Landa. SS subtil et cynique, le colonel Landa réussit à s’adapter à tous les univers que le film traverse car il est un polyglotte parfait. La capacité d’adaptation est la qualité la plus recherchée chez les héros de Tarantino. Le lieutenant Hicox, qui n’a pas cette qualité au même degré, en fera les frais. Cet ex-critique de cinéma ne connaît que la théorie. Il sera démasqué par son accent, puis par sa façon de demander trois verres. Landa est un SS mais quand il sent que le vent tourne, il rejoint les alliés. Lorsqu’il évoque sa passion pour son métier de « chasseur de juifs », il explique qu’il arrive à penser comme un juif (qu’il associe au rat) et non comme un nazi (qu’il associe, plus glorieusement, au faucon). Passer du faucon au rat, c’est là que réside pour Tarantino la vraie intelligence.
Une fois la guerre terminée, Landa pensait couler une retraite paisible (et bien méritée !). C’était sans compter le cruel Aldo Raine ! Le lieutenant Raine considère que, même dans un monde pacifié et démocratique, on devra pouvoir reconnaître les anciens nazis. Pour cela, il entaille au couteau le front de Landa pour y inscrire une croix gammée.
Un auteur ?
« En France, on respecte les auteurs » dira Shosanna à Frederick, et elle a bien raison ! Mais est-ce qu’Inglourious Basterds en a encore un ? A force d’imiter ses maîtres, Tarantino ne perd-t-il pas sa signature ? Technicien hors pair, il peut imiter n’importe quel style mais sait-il en créer un? Je serais curieux de voir à quoi ressemblerait un film qui serait totalement réalisé par Quentin Tarantino, sans aucun emprunt. Et si Tarantino était comme le colonel Landa capable de parler couramment toutes les langues sauf la sienne ? Que va-t-il falloir lui tatouer sur le front ?
Pierre Bas
Rédigé par Pierre Bas le Mardi 15 Septembre 2009 à 11:23

