Voir Star Wars une fois par jour peut provoquer de graves troubles psychiques. Neill Blomkamp, qui s’en est vanté , n’a pas pour autant suivi de thérapie. Il a seulement fait des films, enfin des objets filmiques. Après moult courts métrages et publicités, il est responsable de ce pudding de mauvais goût qui a ravi les critiques du monde entier : District 9. Après ma charge contre les enfants dans ma critique d’ Harry Poter, j’ai cette fois envie de me payer les geeks et (une espèce bien plus néfaste) les critiques à la mode.


Distrinct 9 ou Le culte de la laideur

Les ambitions de District 9 sont trop évidentes pour que le film soit vraiment intéressant. Politiser la science fiction n’a rien de nouveau (du Jour où la terre s’arrêtera aux films de Carpenter en passant par Verhoven). Si un réalisateur veut faire un transfert pour parler du racisme ou nous expliquer pourquoi le monde dans lequel on vit est si dégueulasse, il est très facile de remplacer les noirs, les soviétiques, les Viets ou les Indiens d’Amérique par des « Aliens » (expression qui au premier sens signifie étranger). Il n’y a aucune raison pour qu’un film de Science Fiction soit moins personnel ou politique que le plus austère des films façon Nouvelle Vague. Il est donc tout à fait banal que Neill Blomkamp, voulant parler de l’Apartheid, ait un peu maquillé l’affaire pour apporter leur dose de sensations fortes (cheaps) à ces sympathiques bouffeurs de chips et d’insomniaques compulsifs dopés à World of Warcraft que l’on appelle plus communément des geeks. Mais à la vision de District 9, je me demande si son arrière plan politique n’est pas simplement un alibi pour se vautrer dans l’infantilisme le plus ordurier, enchaîner les scènes de gunshoot illisibles, le tout couronné de relents scatologiques.

« Ce qui m’intéresse, c’est ce qui pue ! » disait Fassbinder. Neill Blomkamp a visiblement les mêmes préoccupations. Malheureusement, ce qui pouvait devenir salvateur et catharsistique dans l’œuvre du cinéaste teuton laisse place ici à la superficialité et à la bêtise crasse. Je n’ai rien contre le fait de passer une heure et demie éprouvante s’il y a un quelconque enseignement à la clef. On en est loin dans District 9, dont seule la laideur pourrait devenir jouissance. On se situe dans le registre du (mauvais) divertissement, pas dans la démonstration politique ni dans la recherche esthétique.

Distrinct 9 ou Le culte de la laideur
Le film prétend démontrer que ce n’est pas bien d’être raciste et que nos différences nous rapprochent. Mais il y a loin des intentions aux résultats. Sur le papier, faire un faux documentaire sur des bidonvilles où sont parqués des Aliens, peut être tout à fait excitant. Cependant, Blomkamp bousille cette idée par des blagues indignes d’une grande section de maternelle. Et il gâche son projet par un traitement elliptique mal assumé et par une iconographie d’une pauvreté sidérante. De plus, un montage séquence plus rigoureux aurait été mieux adapté aux besoins narratifs du film.
Blomkamp est incapable de tenir son film. Cet anarchisme serait tout à fait à même de retranscrire la métamorphose de Wikus s’il soutenait un quelconque propos. District 9 est un véritable film de cancre gangréné par une bonne conscience qui ne lui correspond pas. Il faut choisir, Neill : c’est soit le délire de geek décérébré, soit le pensum profond et métaphorique sur la situation en Afrique du Sud ! Blomkamp décide de diluer les deux. Pas con pour un film sur la métamorphose !
Il est dommage que Blomkamp n’ait pas profité du lycée pour apprendre à construire un plan de dissertation et parvenir à avoir un scénario structuré. Suivre tout les stades de la transformation de Wikus en crevette aurait pu faire du film une transposition passionnante de la nouvelle de Kafka, mais là où l’écrivain tchèque construisait un récit admirablement précis, Blomkamp vire dans le foutraque et oublie son idée dix minutes après l’avoir exposée. Après une très bonne scène où Wikus perd ses ongles dans les toilettes, on passe à une démo douteuse de Doom avec des armes aliens dont j’ai encore du mal à comprendre le fonctionnement.
On est aujourd’hui encerclé par les images. A tel point que l’on finit par oublier de porter sur ces images un jugement esthétique. Notre quotidien s’accommode très bien des clips hideux que l’on voit sur You Tube. Très vite, on perd toute idée de point de vue. L’image doit être prise sur le vif. Le cinéma se fait (lentement) à cette mutation. Pour le meilleur (Redacted) comme pour le pire (Rec, Cloverfield). Quand De Sica parle de la pauvreté cela ne se fait pas au détriment de l’esthétique de son film. Ce n’est pas parce que l’on évoque quelque chose de sale que l’image doit être sale également. Tourné à l’ancienne, District 9 ne serait qu’une série B de plus : la caméra à l’épaule lui permet d’accéder au rang de film politique mais si l’on cherche bien rien dans le film ne justifie ce titre honorifique. District 9 est une enveloppe vide : non seulement c’est aussi laid qu’un clip sur You Tube mais en plus ça n’en a pas la valeur documentaire ! A croire que si l’on a rien à dire, doter son film d’une mise en scène « à l’arrache » peut faire gagner une certaine respectabilité.
Y a-t-il une jouissance à regarder de magnifiques éclairs colorés sortir d’une espèce de bazooka géant ? Parce que finalement, District 9 n’a rien d’autre à proposer ! Et si je me trompais sur les prétentions de Blomkamp ? Si la seule ambition de District 9 était de divertir, d’offrir un spectacle plaisant à regarder ? Dans ce cas, je paraphraserai un homme illustre : « Je ne vois pas le kif, cousin ! »

Pierre Bas

Rédigé par Pierre Bas le Mardi 20 Octobre 2009 à 12:02