Trottiner jusqu’à sa tombe

Lundi 9 Novembre 2009


Il y a dans le dernier film d’Alain Resnais, un détail tout à fait saisissant. Le personnage de Suzanne lit le dernier livre de Philip Roth : Exit le fantôme. Et si ce détail est saisissant, c'est parce que Resnais avait fait Exit le fantôme il y a trente ans. Le film s’appelait Providence.


Trottiner jusqu’à sa tombe

Providence et Exit le fantôme racontent l’agonie d’un écrivain. Un écrivain ne meurt pas comme un homme ordinaire. Il veut forcement écrire un dernier livre avant que la faucheuse vienne le chercher. Resnais comme Roth nous racontent l’élaboration de ce roman, un roman destiné à rester inachevé. Les deux auteurs se servent de média différents pour entrer dans l’imagination de leurs héros. Roth utilise une voix intérieure et intègre à son récit la pièce de théâtre que Nathan écrit. Resnais met en images l’élaboration du roman de Clive au fur et à mesure qu’il l’invente. Le spectateur est propulsé dans l’esprit de l’écrivain. Resnais n’a eu qu’une obsession tout au long de sa carrière : savoir comment fonctionne un cerveau. Providence ne montre pas comment travaille un écrivain mais évoque plutôt le flux de son imagination. Une imagination qu’il ne contrôle d’ailleurs pas. Des images s’imposent à lui qui l’exaspèrent (comme ce footballeur qui n’a rien à voir avec le récit).
Rédigé par Pierre Bas le Lundi 9 Novembre 2009 à 15:14

La palme grise

Jeudi 29 Octobre 2009


Quand Le ruban blanc débute, je suis étonné de constater que la palme d’or est grise. C’est un film qui sera totalement en noir et blanc. Ainsi, Michael Haneke ne peut exhiber une palme d’OR (dont il a pourtant dit qu’il était « très heureuse ») et il affiche une palme GRISE.


La palme grise

Le noir et blanc n’est jamais très contrasté, mis à part dans les très belles scènes de nuit. Nous ne sommes pourtant pas en présence d’un film gris mais plutôt d’un film en demi-teintes, tout entier dans la nuance, d’une extrême finesse. Cela faisait huit ans (avec Le Pianiste) qu’un réalisateur ne m’avait pas coupé l’envie de contester une décision cannoise. Et si une palme grise valait mieux qu’une palme d’or ?

Rédigé par Pierre Bas le Jeudi 29 Octobre 2009 à 14:57

Poétique du film pique-nique

Mardi 20 Octobre 2009

Qui a dit qu’en France, on n’aimait pas les genres ? Quel théoricien du cinéma fainéant et aveugle n’a pas remarqué que l’ensemble de la production française c’est spécialisé dans un genre unique (et que la planète entière nous envie) : le film pique-nique.


Poétique du film pique-nique
Notre cher voisin
En France, on aime la convivialité : prendre le café en famille, l’apéritif avec les voisins, le dîner avec les amis. Les américains privilégient le spectaculaire alors que dans l’heptagone on pratique un cinéma de proximité. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas la vie de détective solitaire ou d’astronautes téméraires mais celle de notre voisin de pallier. Combien prend-il de sucres dans son café ? Vote-t-il LCR ou Front national ? Fume-t-il des gauloises ou des gitanes ? Autant de questions passionnantes auxquelles le cinéma se doit de répondre.
Rédigé par Pierre Bas le Mardi 20 Octobre 2009 à 19:21


Voir Star Wars une fois par jour peut provoquer de graves troubles psychiques. Neill Blomkamp, qui s’en est vanté , n’a pas pour autant suivi de thérapie. Il a seulement fait des films, enfin des objets filmiques. Après moult courts métrages et publicités, il est responsable de ce pudding de mauvais goût qui a ravi les critiques du monde entier : District 9. Après ma charge contre les enfants dans ma critique d’ Harry Poter, j’ai cette fois envie de me payer les geeks et (une espèce bien plus néfaste) les critiques à la mode.


Distrinct 9 ou Le culte de la laideur

Les ambitions de District 9 sont trop évidentes pour que le film soit vraiment intéressant. Politiser la science fiction n’a rien de nouveau (du Jour où la terre s’arrêtera aux films de Carpenter en passant par Verhoven). Si un réalisateur veut faire un transfert pour parler du racisme ou nous expliquer pourquoi le monde dans lequel on vit est si dégueulasse, il est très facile de remplacer les noirs, les soviétiques, les Viets ou les Indiens d’Amérique par des « Aliens » (expression qui au premier sens signifie étranger). Il n’y a aucune raison pour qu’un film de Science Fiction soit moins personnel ou politique que le plus austère des films façon Nouvelle Vague. Il est donc tout à fait banal que Neill Blomkamp, voulant parler de l’Apartheid, ait un peu maquillé l’affaire pour apporter leur dose de sensations fortes (cheaps) à ces sympathiques bouffeurs de chips et d’insomniaques compulsifs dopés à World of Warcraft que l’on appelle plus communément des geeks. Mais à la vision de District 9, je me demande si son arrière plan politique n’est pas simplement un alibi pour se vautrer dans l’infantilisme le plus ordurier, enchaîner les scènes de gunshoot illisibles, le tout couronné de relents scatologiques.
Rédigé par Pierre Bas le Mardi 20 Octobre 2009 à 12:02

Interdit aux plus de douze ans !

Mardi 15 Septembre 2009
Interdit aux plus de douze ans !

Hier soir, je suis allé voir Harry Potter 6, Le prince de sang mêlé. De mon propre chef !

Je fus saisi d’un trouble dès la file d’attente. Pas une tête blonde ni une gamine à couettes. Il n’y avait autour de moi que des adultes. Je dirais même plus : des adultes respectables. Pas du tout des gens décérébrés qui avaient refusé de grandir, mais des personnes à qui vous auriez accepté de consentir un prêt ou de louer un logement.

La veille, à la Fnac, j’avais assisté à une scène qui m’avait mis la puce à l’oreille. Un vieillard était allé voir une vendeuse, désespéré de ne pas trouver le dernier Harry Porter. La jeune femme, gênée, expliqua que les livres de J.K Rowling se trouvaient au rayon enfant. « Mais c’est bien pour les adultes aussi », ajouta-t-elle pour rassurer le client.

Rédigé par Pierre Bas le Mardi 15 Septembre 2009 à 11:41

Inglorious Basterds

Mardi 15 Septembre 2009
Inglorious Basterds
Une vraie leçon d’histoire !

Derrière l’écran, il y a un amas de pellicule. On a tendance à considérer que la pellicule sert uniquement à projeter des films et on oublie quel merveilleux combustible elle peut faire. Le cinéma est une arme de pointe ! Dans quelques secondes, Marcel va mettre feu au Gamaar (un cinéma). Vous ne le savez sans doute pas, mais c’est comme cela qu’on a gagné la seconde guerre mondiale ! Inglourious Basterds retrace l’opération « kino », un épisode méconnu de notre histoire contemporaine. L’essentiel est là : les nazis voulaient conquérir le monde avec la UFA mais les grands studios hollywoodien l’en ont empêché. La seconde guerre mondiale n’a pas seulement opposé Churchill et Hitler mais aussi Selznick et Goebbels.
Rédigé par Pierre Bas le Mardi 15 Septembre 2009 à 11:23