Visconti et Dostoïevski

"Les Nuits blanches" : extraits d'un entretien accordé aux Cahiers du cinéma


Réalisé alors que Luchino Visconti mettait en scène au même moment une adaptation de Mademoiselle Julie d'August Strindberg au Tetro delli Arti de Rome, Les Nuits blanches marquent la naissance d'un éphémère équivalent italien des Artistes associés (Cinematografica Associati), le premier tournage en studio du cinéaste et l'unique rencontre cinématographique de ce dernier avec l'une de ses idoles littéraires Fedor Dostoïevski.


Nuits blanches

Propos de Luchino Visconti recueillis par Jacques Doniol-Valcroze et Jean Domarchi (in Cahiers du cinéma N°93, mars 1959)


"Les Nuits blanches, c'est du théâtre dans la mesure où c'est une histoire à deux entièrement tournée dans un décor de studio. Cela prend une résonance de scène. Mais le film pouvait être tourné aussi bien - si ce n'était des raisons de production - en décors naturels, dans un quartier de Livourne. En fait, il y avait des obstacles insurmontables à cela. Nous étions en hiver : on n'aurait pu tourner que quelques heures, la nuit seulement, dans le froid, dans le vent. Chose impossible car nous avions engagé Maria Schell et pour un temps limité. Cela, bien sûr a influencé le style du film mais très modérément. "


"Le tournage a duré six ou sept semaines comme prévu. J'ai mis un point d'honneur à ne pas dépasser les délais. On disait qu'il me fallait six pour faire un film. Ce qui était vrai. J'ai voulu montrer que je pourrais en tourner un en six semaines. Le film se ressent peut-être de cette gageure."


Luchino Visconti
"La naissance des Nuits blanches a mille causes. C'était à l'un des moments les plus difficiles de la production italienne. Nous avions l'intention de faire un film, mais qui ne soit pas une très grosse chose, qu'on puisse raconter dans un laps de temps assez réduit, un film qui soit réaliste, comme je voulais, mais qui donne en même temps la possibilité de circuler un peu dans le rêve. On a beaucoup cherché parmi tous les écrivains du monde. C'est Emilio Cecchi qui nous a suggéré Les Nuits blanches de Dostoïevski. Moi, je dois dire, je suis attaché à cette histoire - très grande dans Dostoïevski, petite dans mon film - je m'y suis attaché justement pour cette possibilité qu'elle offre d'évasion de la réalité, pour ce contraste entre le réveil, où toutes les choses sont désagréables, et ces trois heures de nuit passées avec cette fille qui devient un peu un rêve, quelque chose d'irréel, de presque impossible. C'est cela, c'est ce jeu qui m'attirait."

Les Nuits Blanches - Dostoievski

Les Nuits blanches,
Fedor Dostoievski
(Traduit par André Markowicz)
Poche : 110 pages
Editeur : Actes Sud (6 mai 1992)
ISBN : 978-2868698315
Prix : 6,50 €





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