The Don is Dead !


Doubleur sur près de 5000 bande-annonces, Don LaFontaine, surnommé "La Voix de Dieu", personnifiait cette voix autoritaire qui nous commandait d'aller acheter une place de cinéma.


The Don is Dead !

Dans un monde où... le spectateur avait besoin d'être incité à revenir au cinéma, la voix d'un homme s'élevait plus haut que toutes les autres. Elle était si profonde qu'elle aurait pu appartenir un géant de plus de deux mètres de haut qui aurait fumé trois paquets de cigarettes par jour depuis sa plus tendre enfance. Mais il n'en fut rien de tel. Un héros de la culture populaire venait de voir le jour !

C'est à l'âge de 13 ans que la voix de Don LaFontaine (1940 - 2008) mua en cette profondeur caverneuse que nous connaissons à travers les bandes-annonces. Autant dire que son enseignant de Duluth prit les borborismes qui sortirent de la bouche de son jeune élève pour des moqueries ! Sa mère, par contre, eut très peur. Le jeune Don était-il possédait au point qu'il faille penser à un exorciste ? Que nenni. La voix s'avéra ne pas être celle de Satan mais celle de Dieu.

Il était surnommé "La Voix des grands maîtres", "Le Roi des bandes-annonces", "La Voix du grand écran" ou, encore, "La Gorge qui gronde" (Thunder Throat, en VO). Et pourtant, c'est presque par hasard qu'il commença dans le métier lorsque, ingénieur du son, il travailla à la campagne radiophonique de Docteur Folamour (1962) de Stanley Kubirck. Après quelques publicités, il fit sa première bande-annonce au cinéma : "Gunfighters of Casa Grande" (1964). Ce western réalisé par le solide routier hollywoodien que fut Roy Rowland et produit par la MGM ne restera probablement dans les annales que grâce à cette première incursion qui allait conduire LaFontaine à promouvoir "Le Parrain - 2ème partie" (1974) de Francis Ford Coppola puis à prendre la tête du département bandes-annonces de la Paramount. Dans les années 1980, LaFontaine redevient pour son plaisir (et le notre) simple doubleur. Il enchaîna alors les bandes-annonces et les spots publicitaires jusqu'à sa mort, le 1er septembre dernier.

The Don is Dead !

Don LaFontaine n'était pas un simple annonceur. Il était un acteur voix off (voice acting). Il connaissait le timbre de cette dernière et les effets qu'elle produisait aussi bien qu'un comédien connaît son physique et sait en jouer. Il savait aussi bien adapter son intonation aux drames (Rocky), qu'aux comédies (Les Simpson - le film) et aux films d'action (Independance Day). Ses caractérisations retranscrivaient un large panel d'émotions, du second degré (Big Mama) à la monotonie (Terminator 2) en passant par le bizarre (Batman, le défi).

Comme dans le cas d'Elephant Man, Don LaFontaine était l'auteur de ses propres textes et l'instigateur d'une esthétique publicitaire devenue courante. Car il avait lu le scénario original, il écrivit un scripte pour la bande-annonce avant même que le film de David Lynch ne soit fini de tourner. Il était à l'origine de la fameuse introduction "Dans un monde où..." (In a world where...) qui était devenu un cliché dont il se moquait lui-même mais qui lui permettait de situer le film qu'il était en train d'évoquer. Ses vertus narratives condensaient la trame du métrage en deux minutes de temps d'antenne top chrono. Les musiques qui l'accompagnaient allaient de pair avec sa voix qui captait notre attention durant la courte annonce promotionnelle. Les thèmes pulsionnels - comme ceux composés par Hans Zimmer - donnaient une intensité et une directivité supplémentaires à cette voix de baryton qui intimait des phrases choques et qui transportait le spectateur vers un autre espace temps .





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