Pourtant, Hooper reprend le portrait de Brian Clough tel que dressé par Peace, grande gueule, mégalomane, ambiguë mais profondément attachant et humain. Si l’écrivain en fait un soiffard invétéré, le réalisateur préfère insister sur sa personnalité médiatique. Ainsi, le premier acte de Clough en tant qu’entraîneur de Leeds sera de contourner le stade pour accorder un entretien à la télévision locale. Il est d’ailleurs troublant que Clough soit interprété par Michael Sheen qui personnifiait "l'homme de télévision" David Frost dans le superbe Frost / Nixon de Ron Howard. L’entraîneur de Hooper comme l’animateur de Howard sont présentés comme des êtres en bute à leur image, esseulés malgré les (ou à cause des) nombreux regards portés sur eux. D’un film à l’autre, les scènes se répondent : l'ancien Président des États-Unis téléphone au journaliste la veille de leur entretien, là où Clough, seul dans une chambre d’hôtel impersonnelle, s’entretient avec son ancien adjoint. De même que pour Nixon, la mise à mort de Clough est télévisuelle puisque la fin de l’aventure de Brian Clough à la tête de Leeds sera ponctuée par un ultime débat télévisuel dont il ressortira défait.
La forme narrative du film adopte celle du roman. Le metteur en scène privilégie l’ellipse. Il ne montre que peu – voire pas du tout – les matchs de football. A travers les allers et retours entre passé et présent de narration, la faillite de Clough est constamment mise en abîme par le récit de son ascension durant les cinq années précédentes. En même temps que ses fanfaronnades sont contrebalancées par des faits mitigeant sa version et son assurance, les flashbacks remontent l’historique de la rivalité entre Clough et sa Némésis Ron Revie. Ne se parlant que par médias interposés, la bulle obsessionnelle explosera lors de la confrontation télévisée finale entre les deux hommes. Le scénario aboutit de la sorte à une catharsis cathodique du drame mis en place : l’échec public d’un idéaliste qui refuse de renoncer à ses valeurs et de plier face à un système cupide et malhonnête. Mais si The Damned United emprunte les sentiers de la tragédie, il n’en demeure pas moins aussi un comédie du remariage et une belle histoire de couple entre un entraîneur et… son adjoint.
D. Z.