Autant le dire tout de suite : cette cavale du gangster John Dillinger durant la Grande Dépression est une relative déception. Ce Public Enemies apparaît en 2009 comme une œuvre doublement anachronique dans la carrière d’un artiste d’ordinaire en avance sur son temps : une régression historique (les années 30 après les années 70 d’Ali et surtout après les immersions dans un ici et maintenant hyperréaliste de Collatéral et Miami Vice) et une régression thématique puisque Mann ne peut filmer ici que les prémisses de son univers familier (la police et le crime organisés, les technologies de la surveillance et de l’information, l’individu contre le système).
Si le film avait, par exemple, été réalisé à la suite du magnifique Dernier des Mohicans, il aurait sans doute retrouvé le lyrisme de ce dernier (Public Enemies est plutôt désincarné) et aurait pu constituer un joli brouillon de Heat : la traque, par un flic pugnace mais sans illusions, d’un criminel progressivement lâché par tous ses soutiens. Un criminel qui, malgré les principes de son métier, découvre l’amour et envisage, alors qu’il est déjà trop tard, de tout abandonner. La ressemblance est évidente (comme la quasi-totalité des personnages de Mann John Dillinger rêve de partir vivre sur une plage), au point que Johnny Depp reprends au mot près certaines des répliques de De Niro dans Heat. Reste qu’au-delà de cette caractérisation un peu facile (John Dillinger = Neil McCauley avec un chapeau mou) la plupart des personnages de Public Enemies, gangsters comme policiers, peinent à exister à l’écran, malgré le talent de leurs interprètes.