Philosophie en séries
Vous pouvez éteindre votre TV
Il est de notoriété public que les séries made in USA, avec lesquelles les chaînes françaises dopent leurs taux d’audiences, rendent plus intelligent. Les Experts ont démocratisés l’usage du mot « épithélial ». Grâce à Prison Break nous avons enfin appris à lire un plan. Et merci au Dr House de nous avoir enseigné l’art du diagnostique différentiel, ou comment éliminer la possibilité de céphalées lorsque tous les symptômes nous orientent vers une crise de foie.
Pour les plus septiques d’entre nous, Thibaut de Saint Maurice pousse la logique à son paroxysme en nous démontrant par A + B que nos séries télévisées préférées sont vecteurs de pensées philosophiques, là où L’Ethique de Spinoza est le livre de chevet de Scofield, où Schopenhauer aurait pu habiter à Wisteria Lane, et Socrate faire l’apologie de Jack Bauer.
La logique de l’auteur est des plus scolaire, et Philosophie en séries se lit sous la forme de petits chapitres dédiés aux diverses séries explorées. 24 Heures Chrono, Alias, Desperate Housewives, Dexter, Dr House, Grey’s Anatomy, Les Experts, Lost, Nip/Tuck, Prison Break, Rome, Six Feet Under, The Soprano, des séries dont le succès, depuis dix ans, n’est plus à démentir, et qui ont su réunir de vraies communautés de fans qui seront vraisemblablement touchés et intéressés par cette lecture qui dépasse le stade passif du sujet visé par la TV. Les arguments sont simples et les thématiques philosophiques appartiennent au programme de philosophie en classe de terminale. L’argumentation se veut donc pédagogique et a de quoi éveiller les plus récalcitrants à la philosophie. Alternant les phases de description de séries avec l’explication de concepts clefs, de Saint Maurice incère régulièrement de courts textes de philosophes pour justifier sa démarche. On peut y lire de grands classiques comme un extrait du Théétète (Platon) sur la maïeutique, un autre sur le corps-machine de Descartes ou la définition du syllogisme d’Aristote.
Mais ce petit manuel de philosophie ne nous mène véritablement nulle part. Et la démonstration s’arrête là où elle commence, à savoir dans la volonté de nous montrer que la philosophie n’est pas seulement affaire de philosophes, ou plutôt que ces derniers n’en sont pas les créateurs et seuls bénéficiaires. Idée surannée même si elle se veut provocante, arguant le rapprochement entre la culture des masses et l’Autre, classique et dite élitiste.
Cet élitisme transparaît pourtant dans ce qui se veut à la portée de tous et qui ne l’est pas. L’auteur avoue bien volontiers qu’il faut avoir vu quelques épisodes de chaque série. Quant au contenu philosophique, il peut paraître opaque pour des non initiés qui auraient besoin de voir quelques notions développées, dans un livre dont la formule exclut, de toute façon, tout développement. La démarche a ceci d’intéressant qu’elle peut pourtant mener certains à voir les séries en question, et pousser d’autres à se pencher sur des écrits qui, actuellement, n’ont rien de best-sellers.
Car l’idée d’une "série-philosophication" n’apporte rien ni au champ philosophique, ni à celui de l’esthétique des séries, là même où l’auteur en tente seulement le questionnaire dans un dernier chapitre sur les possibilités artistique des séries qu’il vient de mettre en philosophie. A la décharge de l’auteur de Philosophie en séries, l’interrogation est pour le moins vaste, sujette à débats (dont de Saint Maurice se fait l’écho), et il faut malheureusement parfois trancher entre un propos tous publics, au discours donc synthétique et épuré, et un questionnement de fond, qui ouvrirait de véritables perspectives sur une pensée esthétique des séries, au regard de l’approche philosophique que met en place de Saint Maurice.
Philosophie en séries nous fait au moins nous interroger sur un point, celui de savoir si ces séries ont un intérêt quelconque, hormis celui de nous faire passer le temps de façon divertissante (ce pourquoi elles sont faîtes !). Et bien que l’on puisse toujours se demander si leur intérêt réel réside dans ce contenu dit philosophique que Thibaut de saint Maurice se propose de décrypter. Il n’empêche que, si vous aimez ces séries, vous apprécierez de pouvoir les voir autrement. Quant à ceux qui ont besoin de savoir qu’un morceau de chocolat est plein de magnésium pour en croquer un carré en toute sérénité, lisez Philosophie en séries, juste pour déculpabiliser et pouvoir allumer votre TV, si vous le désirez.
Anaïs Kompf
Editeur : Ellipses
Date de parution : mai 2009
ISBN : 378-2-7298-4868-2
Prix : 12,50 €
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Vente Roman russe
(Prix : 5,50€)
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