Nouvel album de Tom Jones : 24 Hours


C'est bien trop rare pour le signaler : Tom Jones sort un nouvel album de chansons inédites intitulé "24 Hours". Ce qui est non seulement rare mais inédit, le sexagénaire showman gallois s'est lui même attelé à l'écriture de quelques titres bien assisté du duo de U2 Bono / The Edge et de Bruce Springsteen.


Nouvel album de Tom Jones : 24 Hours


Oui, il est vivant et le chante haut et fort : I'm Alive ! est la premier titre de cet album qui intègre à la fois les intonations traditionnelles de Jones et les apports de la musique contemporaine. Et si Jones est si vivant aujourd'hui, attirant sans cesse de nouveaux fans tout en préservant les anciens, c'est bien car il a su travailler sur les même bases tout en évoluant. Et c'est aussi ce qu'il a tenté de prouver lors de sa promotion sur les plateaux télés français. Crinière touffue, lunettes noires, ruisselant de sueur, sans son fûte en cuire rembourré de coton mais avec ses chatoyantes bagouses, force tranquille, "Monsieur la classe malgré le kitsch affiché" a fait se pâmer les animatrices du Grand Journal sur Canal +, a donné une perspective de son talent aux apprentis-musiciens de la Star Academy sur TF1 qu'ils n'atteindront jamais et a fait l'admiration des chroniqueurs d'habitude cinglants de On n'est pas couché sur France 2.

Pour en revenir à l'album, If He Should Ever Leave You, le single, est du pur Tommy : voix puissante, ronronnante et langoureuse, paroles à l'eau de rose, percussions funky, mélodies made in Las Vegas. Et ça marche... comme toujours ! Feels Like Music remet les pendules à l'heure : le rythm'n blues, c'est par ici que ça se passe. Cette homme a le rythme et la musique dans la peau et n'hésite pas à le souligner. S'il n'avait pas autant été gallois, il aurait été un chanteur de gospel. C'est l'un des rares chanteurs blancs (avec Mitch Ryder peut-être) à concurrencer au plan rythmique les Steevy Wonder, Isaac Hayes et autres James Brown - avec lequel il partage, par ailleurs, cette énergie, ce sex appeal et ce sens du show incroyables. La filiation entre les chanteurs noirs et Jones est d'autant plus troublante si on se fie à son parcours (il commence la musique en interprétant des chants gaéliques à l'église avant d'être influencé par les chanteurs noirs américains) et au nombre et à la composition de ses duos (Wonder, Hayes, Aretha Franklin ou Johnny Cash, dans un autre registre).


Nouvel album de Tom Jones : 24 Hours


Tom Jones se signale, ainsi, non seulement par sa capacité à s'approprier les modes mais aussi les genres : passés les quelques duos rock de son dernier album avec les Cardigans et les Stereophonics, c'est à la bossa nova qu'il s'attaque via In Style And Rythm, en somme, des termes qui définissent si bien son personnage scénique (They got all the right moves - but I'm missing the groove - You gotta do it in style, - and rhythm, and rhythm, and rhythm, and rhythm).

Car 24 Hours n'est pas un simple et énième album de plus pour Jones, c'est aussi un retour sur soi. Hitter porte la patte de Bruce Sprinsgteen : jusque là, Tom Jones n'avait jamais interprété de chanson aussi narrative, l'histoire d'un voyou qui s'adresse à sa mère et qui se remémore le fil des événements tandis qu'il agonise.

Attablé au comptoir d'un pub irlandais, Bono lui avait bien dit qu'il ne voulait pas écrire seulement un chanson "pour Tom Jones" mais aussi une chanson "sur Tom Jones" (ou Tom Woodward, pour ne pas le citer). Même si la musique ne leur rend pas hommage, les jolies paroles de Sugar Daddy se souviennent que Tommy est une bête sexuelle mais font aussi le constat doux-amère de son âge sur la pente déclinante ("I've got male intuition- I've got sexual ambition - I'm the last great tradition - Let me state my position - The older I get - The better I was"). C'est d'autant plus troublant que la sublime chanson suivante, Seasons, décline la préoccupation de l'âge sur un tempo mélancolique, Jones classant sa période de vie actuelle quelque part entre l'automne et l'hiver de son existence ("Summer is Gone - It Could Not Stay -... - It's Yesterday - ... - These are the seasons of my life - ... - I long for spring - And the winter is cold").

Plus l'album avance plus les rythmes entraînant et enjoués du début laissent place à un ton plus grave jusqu'à cet ultime 24 Hours, sobre et crépusculaire qui clôt en beauté ce touchant testament qu'on espère ni définitif ni funéraire car, ne l'oublions pas, Tom Jones est une légende ô combien vivante. 24 Hours to go ? No. Much longer, Mr Jones. Eternity !





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© Revue Acmé – Février 2011
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