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Noir c'est noir / Tim Lane

Jusqu’au bout de la route sans fin


Malgré son titre français, Noir c’est noir n’est pas une biographie sous forme de bande dessinée de notre Johnny Hallyday national. Abondoned Cars (titre original) est un recueil de nouvelles sur l’Amérique des outsiders illustrée en (beaucoup de) noir, (un peu de) blanc et (pas mal de) gris.


Noir c'est noir / Tim Lane

Dans ses histoires au parfum d’autobiographie et de rencontres diverses, Tim Lane (dé)peint des laissés pour compte que guette l’aliénation. Le langage prend une place importante dans ce dispositif. L'auteur retranscrit des dialogues déjà entendus et lus ailleurs mais qui ici sont une finalité en eux-mêmes. A l’instar des Aventures de Huckleberry Finn, le langage écrit opte pour une trame parlée. Si le récit se conjugue à la première personne du singulier en écho à l'idole Walt Whitman, les illustrations sont aussi foisonnantes que l’esprit vagabond et dérangé des personnages pourtant paranoïaques qu’elles dépeignent. Les vignettes à découper insérées entre les histoires mettent en scène les personnages typiques de l’Amérique (Chuck Berry, policier, fou, etc.) qui partis du quotidien virent au monstrueux. Du trop plein d’idée résulte une anarchie du dessin au point que l’ordre des images portées par une confusion de pensées importe peu dans certains cas. Lane explore les limites des planches, joue sans cesse avec le cadre et le sens de la lecture. Retranscrivant la psyché, l’auteur conduit le lecteur dans un univers où se mêlent clichés sur l’Amérique, grotesque, fantastique et surréalisme.

Noir c'est noir / Tim Lane

Un jeune et beau Marlon tout droit sorti du Tramway nommé désir ouvre le recueil là où le clôt le portrait d’un Brando vieux et obèse de ses derniers films. L’avant et l’après. L’évolution de l’acteur a valeur de symbole : c’est toute une (beat) génération qui s’est empâtée. Les idéalistes des années 1960 ont déchanté. Pis encore, ils se sont embourgeoisés. Malgré sa structure en courtes saynètes à priori disparates, Noir, c’est noir a son unité. Les récits se suivent et les échecs se répètent. Tim Lane convoque ouvertement ses références littéraires : Ernest Hemingway, Jack London, John Steinbeck ou Jack Kerouac. Il aime ces écrivains voyageurs, ces « viveurs d’expériences » qui ont forgé le mythe américain du tramp et du hobo. Si ses personnages sont épris de cette liberté que leur procure la solitude, ils n’en sont pas moins emplis de regrets, jamais en paix avec eux-mêmes, à la recherche du bout d’une route qui soit ne se termine jamais soit les conduit dans une impasse.

D. Z.

Noir c'est noir / Tim Lane

Broché: 150 pages
Editeur : Delcourt (7 octobre 2009)
Collection : Outsider
ISBN : 978-2756017358




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