Dans ses histoires au parfum d’autobiographie et de rencontres diverses, Tim Lane (dé)peint des laissés pour compte que guette l’aliénation. Le langage prend une place importante dans ce dispositif. L'auteur retranscrit des dialogues déjà entendus et lus ailleurs mais qui ici sont une finalité en eux-mêmes. A l’instar des Aventures de Huckleberry Finn, le langage écrit opte pour une trame parlée. Si le récit se conjugue à la première personne du singulier en écho à l'idole Walt Whitman, les illustrations sont aussi foisonnantes que l’esprit vagabond et dérangé des personnages pourtant paranoïaques qu’elles dépeignent. Les vignettes à découper insérées entre les histoires mettent en scène les personnages typiques de l’Amérique (Chuck Berry, policier, fou, etc.) qui partis du quotidien virent au monstrueux. Du trop plein d’idée résulte une anarchie du dessin au point que l’ordre des images portées par une confusion de pensées importe peu dans certains cas. Lane explore les limites des planches, joue sans cesse avec le cadre et le sens de la lecture. Retranscrivant la psyché, l’auteur conduit le lecteur dans un univers où se mêlent clichés sur l’Amérique, grotesque, fantastique et surréalisme.