Neil Gaiman, Du bizarre au même (1/2)


Plongez dans l’actualité d’un écrivain britannique, naturalisé « hollywoodien », qui signe le récit original du prochain film d’animation de Henri Selick, Coraline. L’histoire d’une petite fille dont le monde se dédouble, pour flirter avec le fantastique et s’abymer dans le conte de fée.


Neil Gaiman, Du bizarre au même (1/2)

Si ce n'est pour autre chose, Neil Gaiman est connu comme étant l'auteur de Stardust, porté à l’écran par Matthew Vaughn (2007) et le co-scénariste de La Légende de Beowulf, mis en image par Robert Zemeckis (2008). Alors que d’autres de ses écrits ont déjà trouvé preneurs à Hollywood (Neverwhere dans les cartons de David Slade ; L’Etrange vie de Nobody Owens dans ceux de Neil Jordan ; etc.), Coraline, roman jeunesse plébiscité par la critique, s’installe sur nos écrans (le 10.06.2009) dans un film d’animation qui mêle stop-motion et 3-D. A juste titre puisque l’alliage technique utilisé n’exalte rien d’autre que l’univers hybride de Neil Gaiman. Toujours à la limite, et dans la frontière. Son espace créatif est celui de l’entre-deux du monde et des univers. Entre l’écriture glabre et féerique de ses racines britanniques, et l’idéalité permissive d’un système hollywoodien dont les références cinématographiques sont celles littéraires de l’écrivain.

Neil Gaiman, Du bizarre au même (1/2)

« Rétrospectivement, je pense que tout cela est sans doute la faute du regretté Ian Fleming, le créateur de James Bond ».
(« La vérité sur le cas du départ de Mlle Finch », Des Choses fragiles)

D’un style très théâtral, s’il en est, au découpage résolument cinématographique, son univers est celui de la référence. La série de comics Sandman, dont il est scénariste, fait la part belle au théâtre de Shakespeare ainsi qu'au cinéma hollywoodien dont ses personnages ne sont que des avatars, ses histoires des appels à l’image filmique qui manque cruellement. Résolument visuels, les récits de Gaiman, assez secs et elliptiques, d’un dénuement descriptif certain, en appellent directement à l’esprit du lecteur, lorsqu’il s’agit de mettre en image ce qui n’est qu’un reste des songes de l’écrivain. Toujours vraisemblables, ses histoires nous mènent dans l’irrationnel du réel, là où certains hommes parlent aux rats (Neverwhere) ; où les dieux ont en commun avec l’homme son humanité et sa servitude terrestre (American Gods) ; etc. Gaiman aime à faire se rencontrer sur un même plan des lieux différents, qui ont tout en commun, pourvu que l’on s’ouvre à l’envers de l’image que l’on méconnaît. Ombre, protagoniste d’American Gods, s’emploie à croire à sa descente dans l’étrange du réel américain, sans se poser de questions, dans un état de crédulité qui n’oppose ni résistance, ni dépendance. Il traverse les mondes telle une ombre. Ombre de sa propre vie, qu’il vit sans en être. Inversement, Richard Mayhew, héros par défaut de Neverwhere, s’évertue à lutter contre la possibilité d’un deuxième Londres sous notre Londres, celui d’en-bas, inconnu de tous, et qui n’est possible sous la plume de Gaiman que par ce personnage qui s’y trouve propulsé. L’hystérie négationniste de Richard n’est épuisée que par l’expérience, l’immersion dans l’en-bas, lorsque de spectateur passif, il devient acteur de cet envers dont il est, plus qu’un maillon, un chaînon manquant enfin retrouvé. Chaînon d’un deuxième Londres qui n’est que le reflet du premier, « immense, bizarre, fondamentalement incompréhensible ».

Anaïs Kompf


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