My Fair Hepburn


Eternelle Lady, la Dame Hepburn aurait soufflé ses 80 bougies cette année si le sort en avait voulu ainsi. Pour rendre hommage à « l’icône glamour », disparue il y a de cela 16 ans, les éditions Paramount cultivent la mémoire de la défunte star en rééditant ses plus grands succès en DVD.


My Fair Hepburn
Vacances romaines (1953), Sabrina (1953), Guerre et Paix (1955), Drôle de frimousse (1956), Diamants sur canapé (1960), Deux têtes folles (1962), My Fair Lady (1963), sept petits bijoux grâce auxquels Audrey Hepburn construisit son mythe. Jouant toujours sur deux registres, elle y distille la drôlerie de son faciès mutin auquel l’élégance de l’actrice donne ses marques de noblesse. D’un vilain petit canard, Audrey Hepburn donne un superbe cygne et les personnages qu’elle incarne s’extraient de leur condition à force de rêveries. Audrey Hepburn, ou une princesse qui parcourt les voies romaines sur un Vespa (Vacances romaines) ; une voleuse de poules qui petit-déjeune au champagne (Diamants sur canapé) ; une petite libraire habillée en Givenchy (Drôle de frimousse). Plus que des vies, ce sont des destins qu’incarne l’actrice. Film après film, Audrey Hepburn présente le portrait multifacette d’une Cendrillon des Temps Modernes, touchée, à chaque fois, par l’aura de fées appelées Gregory Peck, Humphrey Bogart, Mel Ferrer et Henry Fonda, Fred Astaire, George Peppard, William Holden, ou encore Rex Harrison. Face à ces noms illustres, l’étoile Hepburn tient la mesure dans des productions construites sur ces couples tels qu’Hollywood savait alors les faire briller. Il faut voir le corps androgyne de la belle se blottir entre les mains de ses différents partenaires. Natacha valser dans les bras du Prince Andrei sous le luxe des lustres des palais russes, ou la jeune Sabrina dans la demeure Larrabee de Long Island, entre ceux d’un Bogart au firmament de sa carrière. D’un pas léger, elle virevolte auprès de ses prétendants avec aisance, se laissant paradoxalement plutôt difficilement approcher, tant l’inconstance de sa jeunesse laisse la gente masculine perplexe. Audrey Hepburn incarne des jeunes femmes insaisissables, menteuses pour certains, tandis que d’autres en apprécient l’impulsivité passionnée. Paul, l’écrivain en mal d’inspiration de Diamants sur canapé, trouve ainsi les mots justes pour décrire sa mystérieuse voisine : « C’était une fille adorable, une fille terrifiée. Elle vivait seule avec un chat sans nom. ».

My Fair Hepburn
Si Madame Hepburn joua aux côtés des plus grands, c’est sous la férule de quelques-uns des plus brillants cinéastes hollywoodiens qu’elle se prêta aux lumières des studios et à l’œil de la caméra. Grâce à William Wyler, Billy Wilder, King Vidor, Stanley Donen, Blake Edwards, Richard Quine et George Cukor, elle nous légua quelques performances inaltérables : de grands yeux curieux tantôt cachés sous un large chapeau, tantôt à découvert au-dessus d’une grosse paire de lunettes noires (Diamants sur canapé) ; les savoureuses leçons de diction du Professeur Higgins (My Fair Lady) ; celles invraisemblables de cuisine à quelques pas seulement de la Tour Eiffel (Sabrina), là où l’on peut voir la demoiselle apprendre à casser des œufs, maîtriser le geste technique qui marque toute la feinte évolution d’une femme qui reste, malgré tout, la même petite fille.

Femme-enfant, Audrey Hepburn reste l’archétype du personnage tragique, dont l’esprit volontaire ne couvre que des faiblesses toutes humaines. Refusant la moindre attache dans Diamants sur Canapé, elle préserve le souvenir nostalgique d’un sang, d’une terre, d’une nation dans Guerre et Paix. A chaque fois, l’esprit aussi ingénu que contestataire cède devant les assauts de la vie, dans des films qui nous réservent quelques perles d’invention : il faut revoir Guerre et Paix pour estimer les déplacements de la conscience d’une multitude aux états d’âme d’un particulier comme seul King Vidor a su les filmer, et s’installer devant Diamant sur Canapé pour apprécier le jeu de Mickey Rooney qui, sous les traits de Mr. Yunioshi, interprète un personnage dont le caractère loufoque résume les exubérances des créations de Blake Edwards. Ces deux films, construits sur la rigueur pour l’un et le délire pour l’autre, contrastent délicieusement avec toute la grâce, l’élégance et la fougueuse retenue de l’actrice principale qui donne un ton mi-emphatique mi-acidulé à toute composition.

My Fair Hepburn
Alors qu’un remake de My Fair Lady est en cours de préparation (à l’horizon 2010), profitons de ces quelques temps de quiétude, pour revisiter ces morceaux choisis d’une filmographie, avant que nous soit imposée une autre image sur celle néanmoins irremplaçable de la grande Hepburn. Gageons sur la pâleur des prétendantes à la succession (on parle de Keira Knightley ou Scarlett Johansson) qui ne pourront que se battre contre un moulin à vent. Celui d’une défunte de 80 ans, dont l’aura n’a pas pris une ride.

Anaïs Kompf



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© Revue Acmé – Février 2011
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