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Mission-G de Hoyt Yeatman


Interprète de la troisième roue du carrosse dans le film d’animations Volt, star malgré lui (février 2009), le cochon d’Inde et son comité de libération ont protesté. Non, tous ne sont pas des geeks. L’industrie disneyenne fait son mea culpa dans Mission-G où la petite boule de poils est au centre d’une impressionnante machinerie d’effets spéciaux qui rendent nos petits animaux de compagnie intelligents.


Mission-G de Hoyt Yeatman
Ne cherchez pas les vrais cochons d’Inde, il n’y en a pas. Ne cherchez pas un vrai méchant, il s’avère être gentil. Ne cherchez pas d’histoire d’amour, elle ne débute jamais. Mais surtout, faites une croix sur le film d’action, car c’est là que la chose devient intéressante, lorsque Hoyt Yeatman pastiche tendrement les règles du genre.
Mission-G met en scène l’animal de compagnie le plus petit, mignon et vulnérable qui soit et en fait un combattant d’exception, agent super-équipé qui doit sauver la planète tandis que le FBI le recherche. Ce vieux cliché - des fédéraux qui poursuivent les héros -, prend une saveur particulière lorsque les hommes traqués et qui filent toujours entre les mailles du filet, ne sont rien d’autre que des rongeurs. Mission-G s’amuse ainsi de la bêtise humaine en ramenant ses représentants à une bande d’idiots, d’autant plus crédibles qu’ils n’en ont pas l’allure, mais gardent jusqu’au bout tous les attributs des agents propres sur eux. Le seul vrai homme-cerveau de l’histoire est ainsi également mis à mal par l’acteur choisit : Zach Galifianakis que l’on a pu voir récemment dans Very bad trip où il tient le rôle du geek de la bande.
Mais la satire humaine est surtout travaillée sur l’animal anthropomorphisé. Le vrai-faux film d’action, avec des faux-vrais cochons d’Inde qui parlent, fait de ces derniers la troupe de choc par excellence, constituée de la midinette réactionnaire, du lourdaud-idiot – pas si idiot que cela –, et du héros, dont la genèse ordinaire est révélée. Les traits sont grossis au maximum pour nous laisser assister à l’absurde de nos comportements et à la non-relation croissante entre les hommes, que ne cesse de dénoncer le cinéma. La rongeuse du groupe a droit à sa réalité cybernétique. C’est par le biais de Facebook qu’elle communique avec le reste du monde, tandis qu’elle est incapable d’être honnête avec ses équipiers, qui ont l’intérêt d’avoir tout de réel.

Mission-G de Hoyt Yeatman
Le réalisme visuel du film est remarquable, là où, encore, pour faire coexister humains et animaux virtuels dans le cadre, Hoyt Yeatman détourne des modèles actuels. Jerry Bruckheimer, producteur de cette super-production, mais aussi de Les Experts, fait part d’une belle autodérision puisque Mission-G se sert de la marque visuelle de ces séries qu’il pastiche en mettant en scène des cochons d’Inde. Hormis la mise en espace d’une suraccumulation d’écrans et autres images de type holographique, Yeatman se sert de filtres lumineux qui signent les séries produites par Brukenheimer, et donnent son identité à chacune d’elles. Mission-G reproduit ainsi les tons froids et livides des surfaces des Experts, et exploite la surexposition chaude et glamoureuse des corps des Experts : Miami, pour rendre les cochons d’Inde réels au niveau du rendu du pelage, très travaillé dans la texture et les reflets : dans les effets. Effets dont se rit le film lui-même lorsqu’un des méchants se trouve la chevelure teintée en rouge par une source lumineuse. L’on identifie là la simplicité du « truc » qui sert à l’incorporation visuelle des animaux numériques dans leur environnement, dès lors plus vrais que l’humain.

Mission-G de Hoyt Yeatman
Ainsi, l’Autre n’est pas l’animal, mais la machine. Seule vraie menace de Mission-G qui fait se mouvoir mixer, batteur à œuf et autres éléments électro-ménagers. Hollywood nous avait depuis longtemps prévenu de la dangerosité de tels appareils (sachant que l’on peut tuer un Gremlin en le mettant dans un four à micro-onde), mais pousse, là encore, la satire jusqu’au bout, en faisant de la simple machine à cappuccino l’élément central de la chute de l’empire humain. Mission-G, dont tout le concept est celui de la production d’effets spéciaux, d’une accumulation d’effets possibles grâce à une technologie numérique des plus performante, s’abyme ainsi dans son propre processus en diabolisant les ustensiles les plus basiques, tels un téléphone ou une machine à laver. Car après tout, c'est du vrai, de notre réalité et sa trivialité que provient le faux.
Mission-G profite de cette idée pour mettre en image quelques scènes de cascades avec un cochon d’Inde dans une voiture téléguidée par un enfant. Scène contrebalancée par une course-poursuite où les petites bêtes, cette fois-ci, se trouvent en possession de véritables petits bolides technologiques, mais dont toute la construction artificielle est dénoncée. La course-poursuite entre les agents fédéraux et les animaux se termine dans une gerbe lumineuse créée par des feux d’artifice, le tout accompagné par l’acmé de Carmina Burana. Le spectaculaire, poussé à son paroxysme, et ce monstrativement de façon artificielle, n’en donne pas moins une scène visuellement époustouflante et réaliste, d’autant plus lorsque le film est projeté en 3 dimensions - effet visuel soigné sur ce genre d’éléments purement spectaculaires. Car le cadre conventionnel n'est jamais oublié, jusqu’à une longue séquence où les pauvres petites bêtes sont enfermées dans une cage en verre dans une animalerie. Moment propice à la mise en perspective de l’écran, barrière infranchissable, et qui nous préserve de ce monde, où les humains sont bêtes, les animaux parlent et les machines à café nous attaquent.

Mission-G s’avère être un bon blockbuster pour petits et grands, comme on peut les aimer si l’on accepte volontiers d’aller au cinéma pour se divertir, rire, et ne pas s’attendre à sortir de la séance plus intelligent qu’en y entrant. Prétention pour laquelle ne s’engage pas Mission-G (comme beaucoup d’autres films, qu’il faut lire comme on nous les présente !), que l’on aurait donc tort de rebaptiser Mission-Geek.

Anaïs Kompf




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