Les planches qui ouvrent ce premier tome des Racines du chaos sentent bon le Royaume-Uni des années 1950. Un homme vêtu d'un imperméable et d'un chapeau déambule dans les rues de Londres sous la brume. Ambiance gothique à souhait. Puis, dès les vignettes suivantes, le stéréotype se fissure, le bizarre et l'inattendu s'immiscent, l'inconfort s'installe. Un prêcheur dément fait irruption. Le marcheur qui lui fait face dévoile son visage calme. Héros ou salaud, narrateur assurément, l'homme porte un fanion anglais dans un main, une bombe dans l'autre. Le reste de l'histoire se dévoilera sous forme de flashback.
Le récit est opportunément celui d'un homme ordinaire face à une situation extraordinaire. Mais aussi connu que soit le pitch, la transition ne manque pas d'ironie. Lui, le chimiste de la police, étudie les résidus d'un explosif trouvés sur le lieu d'un crime ! C'est que l'histoire est placée sous le signe de la perte de repères, voire de l'inversion des valeurs et des rôles. Toutes les vérités qu'Ostojic tenait pour acquises se trouvent ébranlées lorsqu'il commence à s'interroger sur le passé de sa mère. Dès lors, son enquête débouche sur une quête identitaire. Qui était vraiment sa génitrice ? Quel est ce père qu'il n'a jamais connu ? Qu'en est-il de ses racines nationales ? Quels mensonges cache l'histoire officielle et quels autres les histoires colportées ?