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La Mélodie éternelle

La Mélodie du bonheur au Théâtre du Châtelet du 10 décembre 2009 au 2 janvier 2010


Pour son 50ème anniversaire La Mélodie du bonheur de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II, créée à Broadway en 1959, s’invite pour la première fois à Paris. Après la trilogie consacrée à Bernstein (Candide, West Side Story et On the Town), c’est au tour de la famille von Trapp de monter sur la scène du Châtelet.


La Mélodie éternelle

Comédie musicale hors-norme, déjà anachronique à l’époque de sa création avec son petit côté opérette, The Sound of Music, inspiré de l’autobiographie de Maria Von Trapp, est le spectacle le plus populaire de la planète. Plus de 500 productions lui sont consacrés par an dans le monde et l’on s’étonne du temps qu’il aura fallu pour le mettre en scène en France. On le sait, les Français ne sont pas très friands du genre mais tout le monde connaît et aime secrètement La Mélodie du Bonheur. Ici et là les remarques déplaisantes s’accumulent (« cucul la praline », « mièvre », « guimauve », « niais », « nunuche ») et pourtant ces mêmes détracteurs seront les premiers à pousser la chansonnette en entendant les mélodies enfantines de « My Favorite Things » ou « Do-Re-Mi ». N’ayons plus peur d’aimer La Mélodie du bonheur et proclamons le haut et fort ! Car c’est un conte de fées universel qui nous rappelle le pouvoir infini de la musique, celui de réunir une famille et de fuir le nazisme.

La Mélodie éternelle

Cette adaptation ne contrarie pas notre imaginaire et reste particulièrement fidèle à l’imagerie bucolique de la célèbre adaptation de Wise connue de tous. Emilio Sagi, qui avait déjà mis en scène Le Chanteur de Mexico au Châtelet en 2006, a choisi de se focaliser ici sur le thème de la nature : « Je souhaite montrer avant tout l’importance du paysage, la force de la montagne autrichienne. D’où le décor, avec cette maison située en plein cœur des montagnes et dont le sol est la montagne elle-même. Les références à la Nature sont omniprésentes. » Les décors s’intègrent en effet à la montagne où se situent les scènes principales et le sol herboré reste identique dans les scènes d’extérieur et d’intérieur. Cela fonctionne très bien pour des scènes comme le bal ou le mariage. Le jeu des lustres qui surplombent l’herbe et le sommet de la montagne qui devient autel ont une rare force poétique. On regrette néanmoins les coloris rose et bleu infligés aux murs qui encadrent l’espace scénique, censés représenter à la fois la montagne et les façades des bâtiments. Cet effet de mauvais goût au sein d’une mise en scène raffinée est d’autant plus dérangeant qu’il fait davantage penser à une publicité pour boissons rafraîchissantes qu’à un effet « montagne ».

La Mélodie éternelle

Mais c’est en exploitant l’espace théâtral dans son intégralité que le metteur en scène parvient véritablement à nous émerveiller. La traîne de la robe de mariée de Maria se déploie ainsi sur l’ensemble de la scène, de même que le drapeau nazi sous lequel se cache la famille von Trapp à la fin du spectacle. L’acmé du spectacle intervient lorsque des acteurs déguisés en nazis émergent des quatre coins du théâtre pour surveiller le public. La méta-théâtralité atteint ici son paroxysme et le spectateur se trouve véritablement projeté dans une salle de théâtre autrichienne de 1938.
La musique est également audacieuse. Des voix d’opéra se mêlent à celles de music-hall, l’orchestre symphonique (Pasdeloup, mené par Kevin Farrell) pour le moins grandiloquent dans le cadre d’un musical, se marie tout à fait avec le style de cette comédie musicale qui emprunte au style opératique comme le suggère certains morceaux (Climb Ev’ry Mountain, Eidelweiss).



En 2010 l’honneur sera à Stephen Sondheim avec A Little Night Music (avec Kristin Scott-Thomas, Lambert Wilson et Leslie Caron), adaptation de Sourires d'une nuit d'été d’Ingmar Bergman, et Sweeney Todd. Nous serons au rendez-vous, Mr. Sondheim.

Anouchka Walewyk



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