La Lignée de Del Toro et Hogan


Réalisateur, entre autre, de Hellboy, Blade 2 et du Labyrinthe de Pan, Guillermo Del Toro fait incursion en littérature fantastique en s’associant avec un auteur de thrillers, Chuck Hogan. Pour le premier tome de leur collaboration, les auteurs de La Lignée posent les jalons d’une trilogie qui oppose déjà l’humanité contre sa pire engeance : le vampire.


La Lignée de Del Toro et Hogan

Refusant tout manichéisme, Guillermo Del Toro et Chuck Hogan poussent l’animalité vampirique à son paroxysme. A côté du Dracula de Brahm Stocker, pour le moins civilisé, loin des vampires végétariens de Twilight, qui nous montre que toute entité peut progresser vers sa propre humanité, Del Toro et Hogan brossent un portrait des plus macabre, répugnant, voire terrifiant d’une espèce qui provient de l’homme. Faisant table rase des mythes, de l’ail, des crucifix et autres objets bénis, La Lignée raconte l’horreur que représente l’humanité pour elle-même, à l’aube du XXIème siècle. Pour ce faire, ce livre tend son apocalypse sur le tissu des souvenirs du 11 septembre 2001, mais avant cela, sur ceux de la Seconde Guerre mondiale et ses camps d’extermination, qui deviennent comme un simple « signe avant-coureur d’un événement funeste » .

Cet événement funeste est celui de la propagation de ce qui est vécu comme une épidémie, dont le virus investit les corps qui ne demandent alors qu’à en contaminer d’autres. La vampirisation promet de gagner l’ensemble de notre planète, et, en ces temps de grippe A, il est réconfortant de lire que des héros existent encore, et que l’on peut compter sur une fine équipe constituée d’un survivant des camps d’extermination, d’un médecin en instance de divorce, et d’un dératiseur, pour sauver notre humanité.

Les vampires ne sont qu’une bande de rats, des animaux que l’on traque. Mais la dévampirisation ne suffit pas à sauver l’humanité, La Lignée nous montrant qu’atteindre et corrompre la population est chose aisée, les hommes étant, de nature, condamnés par leurs vices, leur égocentrisme, et leur cupidité. Malgré cela, Del Toro et Hogan font de cette fin du monde un moyen de cohésion. Et c’est face à l’adversité que l’homme se révèle en tant qu’être humain. Il faut éprouver la perte d’un autre, la perte d’un monde, la mort pour réagir et se reconstruire, nous disent les auteurs de La Lignée.

La Lignée de Del Toro et Hogan

La Lignée est scénarisé comme tout bon sujet hollywoodien de base de ces dernières années : une catastrophe technologique (accessoirement, un avion qui ne répond plus), une énigme médicale à résoudre (dont le prosaïsme de la terminologie fait merveille) et une réalité particulièrement morbide, qui fait à peine contraste avec l’entrée du fantastique. Mais c’est vraisemblablement là le mal de ce roman qui ne dépasse pas la barrière de notre réalité, habitués que nous sommes de ces récits effroyables, et dont toute l’atmosphère malsaine, tout le côté gore, manquent aux mots de Del Toro et Hogan. Avec des personnages consciencieusement construits, des références bien documentées, une typographie bien étudiée, et une narration bien dirigée, l’on ne peut qu’attendre de Del Toro qu’il fasse surgir ses vampires au cinéma, là où déjà il nous en a donné un bref aperçu, puisque la publicité du livre y fut projetée (au moment de sa sortie le 17.09.2009), mettant en scènes quelques furtifs plans de ces créatures particulièrement répugnantes. Ainsi, il est à déplorer que la seule « bande annonce » du roman promette à la lecture ce qu’elle ne peut réaliser : faire sortir nos cauchemars de leur placard.

En ces temps de crise, même l’industrie cinématographique se doit de rogner sur les budgets. Ecrire un livre coutant bien moins cher que réaliser un film, Del Toro donne l’impression de s’être rendu à la logique économique. Il n’empêche que les amateurs des créations de ce réalisateur apprécieront sûrement de retrouver l’univers de Del Toro dont il manque pourtant tout l’imaginaire. L’on se rend compte, à la lecture de La Lignée, qu’il est essentiellement construit sur des points visuels, propres au cinéma. Et que ce réalisateur, également scénariste de pratiquement toutes ses réalisations, filme sûrement mieux « L’animal effrayé par la nuit qui se cache en chacun de nous » qu’il ne le conte.


Anaïs Kompf



La Lignée de Del Toro et Hogan

« Imagine plutôt un homme en cape noire avec de longues canines et un accent bizarre, répondit Setrakian en se tournant vers son interlocuteur. Maintenant, enlève la cape et les canines. Et aussi le drôle d’accent. En fait, enlève tout ce qu’il peut y avoir de drôle. »



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