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LES MARCHEURS DE RÊVES

Par Sylvain Angiboust


A la façon du Coraline d’Henri Selick, L’Imaginarium du Docteur Parnassus de Terry Gilliam, Le Drôle de Noël de Scrooge de Robert Zemeckis, Max et les Maximonstres de Spike Jonze et Lovely Bones de Peter Jackson détournent les codes du merveilleux pour peindre des univers mentaux tourmentés. Quant à Avatar, James Cameron crée une œuvre radicale et immersive, qui cumule les partis pris audacieux, voire inédits, auxquels il donne pourtant valeur d’évidence.


LES MARCHEURS DE RÊVES

La mort comme point de départ

Avatar débute par la crémation du frère du héros et le premier plan de Scrooge est celui du cadavre de Marley. Le retour de Marley sous la forme d’un fantôme est l’occasion d’une scène de comédie macabre comme les affectionne Zemeckis (voir La Mort vous va si bien) : le fantôme lance ses chaînes en direction du public et perd sa mâchoire. Les visions suivantes seront authentiquement cauchemardesques : le fantôme du Noël présent se décompose et donne naissance à de monstrueuses allégories de l’Ignorance et de la Misère, Scrooge est traqué par un corbillard dans les rues de Londres, avant de se faire engloutir par sa propre tombe.

L’héroïne de Lovely Bones meurt dès les premières scènes, assassinée par son voisin, et passe le reste du film dans l’Au-delà. Alors que Créatures Célestes s’ouvrait sur l’hystérie sanglante d’un meurtre, Peter Jackson élude ici le crime pour mieux le faire ressurgir lorsque l’on observe l’assassin laver les traces de son acte. La représentation de l’entre-deux-mondes dans lequel survit l’âme de Susie est soumise à l’état d’esprit de la jeune fille, alternativement lumineuse ou noyée dans la boue. Dans le monde réel, George Harvey, l’assassin, est associé à de très gros plans d’objets qui créent une atmosphère oppressante. Ses mains grasses envahissent le cadre et jouent avec le bracelet volé à leur victime, ce qui souligne à la fois le caractère manipulateur du tueur, sa frustration (c’est un tic nerveux) et le danger qu’il représente (avec ces mains disproportionnées, il pourrait nous écraser).

Dans Londres filmé comme un vaste terrain vague, Terry Gilliam met une nouvelle fois en scène la clochardisation des figures de l’imaginaire, inadaptées au monde moderne : magicien immortel, le docteur Parnassus est aussi un alcoolique qui dirige une baraque de foire bringuebalante. Avant lui, les héros de Fisher King et de L’Armée des 12 singes trouvaient refuge au milieu des déshérités et la petite fille de Tideland explorait une campagne malsaine. On sait que le tournage de Parnassus a été endeuillé par la mort d’Heath Ledger. Son personnage apparaît pendu, ce qui réactive le souvenir morbide du suicide présumé de l’acteur. Histoire d’une vie éternelle inspirée de Faust, Parnassus est un film hanté par la Mort. La faucheuse du Baron de Münchhausen est ici un démon dandy, et le motif du nœud coulant revient de façon obsessionnelle, de la corde qui étrangle Tony aux fils électriques de l’Imaginarium.





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