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LE FIN MOT DE LA FORME

Par Anaïs Kompf


Histoires d'Herbes folles et autres fictions françaises


LE FIN MOT DE LA FORME

« Être ou ne pas être »
Jesse James, Lucky Luke.

C’est avec délectation que Jesse James, acolyte de Lucky Luke dans le dernier film de James Huth, fait résonner les plus célèbres paroles du théâtre shakespearien. En amorce d’un final des plus surréalistes, aux confins d’un désert westernien, la question semble déplacée. Elle en est pourtant l’idée centrale. Celle qui construit toute fiction, et sur laquelle s’attarde une certaine tendance du cinéma français actuel.

Coïncidence et incidence, un rien peut être un élément déclencheur. Une balle perdue, un vol de sac, la construction d’une voie de chemin de fer : des choses fragiles sont à la genèse des Herbes Folles, de Micmacs à tire-larigot et de la dernière adaptation de Lucky Luke. La simple envie d’une nouvelle paire de chaussures dont « elle n’avait pas vraiment besoin » fait se rencontrer le voleur et sa victime. Ici, l’histoire d’herbes folles pourrait commencer, mais Marguerite Muir (Sabine Azéma) décide de ne pas porter plainte. L’image d’un début possible s’arrête sur sa fin, lorsque le visage de la victime enfin dévoilé se fait image de rien. Enclavé dans un nulle part blanc, le visage de Sabine Azéma seul persiste à la surface d’une eau crayeuse. On s’attendrait presque à ce que l’eau se referme sur la protagoniste au centre de sa propre non-intrigue. Mais la fermeture à l’iris ne vient pas, et pour continuer l’histoire doit trouver d’autres moyens au développement de sa fiction.

Du côté de chez Jean-Pierre Jeunet, l’histoire aurait pu mal tourner. Le coup de revolver aurait pu être fatal au personnage principal de Micmacs à tire-larigot et provoquer le dénouement du film en devenir. C’est ainsi sur le mot « Fin » du film que regarde Bazil (Dany Boon), dans un petit vidéo club, que Jeunet lance son propre générique d’ouverture. A la manière des grands films Warner de l’époque classique, l’aventure extraordinaire d’un homme ordinaire est annoncée sous le fard des trompettes du grand studio.

Les films cultivent ainsi les impasses, jouent avec leurs impossibilités, et la dernière version de Lucky Luke présente le célèbre « cow-boy qui tire plus vite que son ombre » sans ses armes.

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