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Kino-Tanz, Dick Tomasovic

« l’image de cinéma est une image qui danse »


Réduire la représentation de la danse au cinéma à ses genres dédiés serait une erreur. La démonstration en est faite dans le dernier essai sur le cinéma de Dick Tomasovic, qui revient sur un art dont les propriétés physiques cohabitent depuis toujours avec le médium cinématographique.


Kino-Tanz, Dick Tomasovic
Dans Kino-Tanz – L’art chorégraphique au cinéma Dick Tomasovic revisite les propositions formelles et esthétiques de la danse mise en scène au cinéma. Du burlesque, au dessin d’animation en passant par le film d’action, et bien sûr le musical, la preuve est faite que la danse transcende les genres, les formats, les époques et les styles. Ici, Louis Lumière côtoie Quentin Tarantino, Walt Disney, David Lynch, là où l’auteur nous montre que la danse n’est pas forcément et seulement aux endroits où nous sommes en droit de l’attendre. Tout geste, toute pratique cinématographique qui cherche à nous donner un nouvel aperçu du corps mouvant, peut basculer dans la gestuelle de la danse, dans la latence et l’attente même de celle-ci. En se jouant du corps, la caméra s’inscrit dans des dispositifs dansants, et il est alors clair que le corps d’un footballeur, magnifié sous l’œil de la caméra de Philippe Parreno et Douglas Gordon dans Zidane, un portrait du XXIe siècle discute le geste footballistique, et se transforme en geste artistique. Le mouvement capté est mouvement dansé. Mouvement dansant.

Il n’est besoin de revoir Fred Astaire et Ginger Rogers exécuter leurs fameux pas de deux pour trouver un moment dansé au cinéma. Et chez Mark Sandrich comme chez d’autres, la simple rencontre du corps et de la caméra, de la prise d’un temps, de la création d’un espace, permet d’atteindre aux propriétés chorégraphiques d’une forme d’art que le cinéma enrichit de ses capacités de travail plastique tout comme la danse enrichit le cinéma de formes et structures. Tout corps dansant ou/et dansé ; toute mise en scène chorégraphique et/ou chorégraphiée apportent au cinéma des possibilités d’affectation du spectateur, qui reçoit alors le monde projeté comme un pur flux, une pure expérience plastico-corporelle qui dépasse la volonté narrative du cinéma tout en la préservant. Les scènes de combat de Matrix, chorégraphiées par Woo-ping, nous proposent une alternative à la violence des films d’actions contemporains, nous plongeant nous, spectateurs, dans un état autre que motive en temps normal la violence du combat, tout en gardant les données dramatiques de telles scènes. Quant à la danse des petits pains (La Ruée vers l’or) de Charlie Chaplin, cette dernière réinterroge le corps burlesque, par essence corps dansant, et dont la caméra et le monde se plient à toutes les facéties et donc à toutes les chorégraphies.

Kino-Tanz, Dick Tomasovic
La danse permet ainsi de découvrir un nouveau monde, le nôtre propre : celui de notre corporéité, de notre possibilité de mouvement. La danse permet aussi de se réapproprier les qualités opératoires de la caméra dont l’œil « se livre à la pure sensation optique de mouvement dansant ».

Référence au kinoglaz de Tziga Vertov, le Kino-Tanz de Dick Tomasovic pose un autre regard sur le cinéma. Celui d’un art chorégraphique qui donne à voir notre monde de façon différente. Un monde, des corps que la danse abstractive ou au contraire rend d’autant plus réels en structurant notre regard sur ce qui est à voir.


Anaïs Kompf


152 pages
15.00 €
ISBN : 978-2-13-057938-0
Éditeur : Presse Universitaire de France
Collection "Travaux pratiques"
Date de parution : 12/11/2009
Kino-Tanz, Dick Tomasovic




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