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Funny People de Judd Apatow
Drôle de film
Propulsé nouveau roi de la comédie américaine, Judd Apatow contredit en partie ce statut. Premièrement car son dernier film en tant que réalisateur, Funny People, n'est pas constitué que d'une avalanche de gags mais se veut aussi une réflexion sur l'art du comique doublé d'un mélodrame doux amer. Deuxièmement car Funny People se situe qualitativement quelque peu en deça de ses précédents films.
Funny People confirme ce que laissaient présager 40 ans toujours puceau et surtout En cloque mode d’emploi : que Judd Apatow aime la comédie lorsqu’elle se fait chronique, qu’elle se développe sur le long terme (En cloque… suivait un couple durant 9 mois de grossesse et Funny People dure près de 2h30) et qu’elle brasse une quantité de personnages secondaires. Contrairement à l’efficacité immédiate des œuvres d’Apatow-producteur (La Légende de Ron Burgundy, Supergrave, Pineapple Express), Apatow-réalisateur ne cherche pas à se couper de la réalité pour créer un univers alternatif ouvert à toutes les outrances, mais simplement à exorciser par le rire un quotidien pas toujours heureux. Au point que Funny People finisse par ressembler aux chroniques douces-amères de James L. Brooks (par exemple Spanglish, déjà avec Adam Sandler, à mi-chemin entre la sitcom et Mirage de la vie de Sirk), d’ailleurs sans plus réussir que celui-ci à établir une relation dynamique et productive entre ses différentes aspirations.
Le point de départ de Funny People, le drame un comique à succès confronté à l’imminence de sa propre mort et à la médiocrité de son existence, évoque That’s Life de Blake Edwards (pas vraiment une comédie non plus) qui décrivait l’appréhension d’une star de la chanson (Julie Andrews) attendant les résultats d’un important examen médical. Différentes pistes narratives se superposent alors (le comique se lie d’amitié avec un jeune auteur, tente de reconquérir sa femme, abandonne le cinéma pour retrouver les joies du spectacle de stand-up) mais restent plutôt hétérogènes. Alors que la réussite narratives d’En cloque… consistait à entremêler les intrigues et les personnages, à faire régulièrement basculer le sérieux dans la pure comédie, Funny People a un rythme plan-plan qui juxtapose des séquences (par ailleurs parfois très amusantes individuellement) sans parvenir à décoller.
Une marque de cette faiblesse est visible dans le traitement des personnages secondaires qui constituent habituellement le fort des œuvres produites ou réalisées par Apatow (les collègues de Steve Carrell dans 40 ans… ou de Will Ferrell dans Ron Burgundy, les colocataires dégénérés de En cloque…), alors qu’ici Jason Schwartzman et Jonah Hill apparaissent sous exploités, même si Eric Bana s’avère très drôle. Si l’amitié masculine restant au cœur du cinéma d’Apatow (le dernier plan de Funny People fait écho à la fin de Pineapple Express), le duo Adam Sandler / Seth Rogen apparaît également déséquilibré à l’avantage du premier qui, après deux films à l’humour particulièrement outrancier (l’immense Rien que pour vos cheveux et Histoires enchantées) parvient admirablement à exprimer le désenchantement de son personnage.
Funny People est un film sur le souvenir et les remises en question. Bien sûr, Apatow en profite pour faire le point sur la comédie américaine actuelle : il réunit plusieurs de ses acteurs fétiches, élargit encore un peu sa famille de cinéma (Bana et Schwartzman), parodie le genre au travers des extraits des faux films tournés par George Simmons (l’homme-sirène, le bébé à tête d’adulte comme dans le mauvais Little Man des frères Wayans), fait un détour sur un plateau de série télé et surtout nous plonge dans l’univers du stand-up, révélant la face sombre de ces rois du gags (dont l’humour graveleux masque par exemple la frustration sexuelle).
Le film ne constitue pas pour autant la synthèse de la forme d’expression la plus inventive et audacieuse du cinéma américain contemporain (Tonnerre sous les tropiques de Ben Stiller, avec ses comédiens devenant fous au contact de la réalité était par exemple autrement plus offensive et pertinente), mais un bel hommage à certains de ses artisans. Funny People débute ainsi par plusieurs vidéos issues du début de la carrière de Sandler et, plus loin, c’est Leslie Mann (compagne d’Apatow dans la vie et ex de Sandler dans le film) qui joue en compagnie de ses deux filles et a le droit à ses images rétrospectives. En intégrant la vie privée de ses acteurs à sa fiction, Apatow parvient souvent à nous faire rire mais ne nous émeut pas autant qu’on l’aurait voulu.
Sylvain Angiboust
(Funny People, Extrait)
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