From Paris With Love, Ninja Assassin, etc.

Vitesse sans mouvement


Mel Gibson en vengeur bordeline (Hors de contrôle), Sho Kosugi en ninja sous la bannière Joel Silver (Ninja Assassin), James Cameron (Avatar), du heavy metal deux accords décérébré (Anvil), du buddy movie « bourrin » (From Paris with Love), du punk post-apocalyptique (Le Livre d’Eli). Il n’y a pas de doute, les années 1980 sont de retour !


From Paris With Love, Ninja Assassin, etc.

Si Sylvester Stallone a ressuscité ses deux personnages fétiches, Rocky Balboa et John Rambo, peu sont ceux qui ont emprunté la voie cinéphilique qu’il a tracé. Stallone reprend sa légende là où l’avait laissait : l’accomplissement dans la douleur. Dans le dernier opus des Rambo, Stallone est à la tête d’une armée organique, amputée, déchiquetée. Question de génération, lorsque Pierre Morel filme les figurants indistincts des mannequins d’un atelier de confection, c’est pour représenter des bad guys avec une enveloppe mais sans poids ni substance.

Bien que coulés dans le moule narratif des années 1980, Ninja Assassin et From Paris with Love en sont le contraire plastique. Travolta partage avec Stallone l’idée du corps vieilli et avachi mais l’ancien danseur, remplacé par des cascadeurs pour les scènes d’action, peine à l’assumer. Films post Michael Bay, Ninja Assassin et From Paris with Love figurent des corps mobiles filmés de manière immobile, le changement épileptique de plans étant sensé simuler la vitesse mais ne retranscrivant pas le mouvement. La pulsion plutôt que l’émotion. Le morcellement des corps dans Ninja Assassin trouve ainsi un écho dans le surdécoupage du montage. Même si, dès les premiers plans, James McTeigue marque sa volonté de s’inscrire dans le cinéma de la chair, il n’adhère pas à l’hyperréalisme initié par Stallone en réaction à la virtualité de la matière. L’avalanche de plans gores se pose en héritier d’un cinéma d’horreur débarrassé de la putréfaction. Le corps est une faiblesse qu’il faut dépasser, la douleur n’existe plus et les corps sectionnés guérissent sous l’effet de la volonté.


From Paris With Love, Ninja Assassin, etc.

Luc Besson et Pierre Morel investissent Paris comme ils l’avaient fait précédemment sur Taken. La capitale française est montrée à la fois dans son aspect touristique et dans l’envers des secrets (fantasmés) de ses bas-fonds. La perspective est ici élargie à la périphérie et fonctionne sur le système « un décor = une séquence d’action ». Dans la tradition des films asiatiques, Besson et Morel utilisent les architectures verticales comme les HLM de banlieue ou les escaliers en spirale tels des accessoires sur lesquels l’action rebondit. Production Besson oblige, ils ne sont pas dans une optique d’efficacité et de sobriété mais plutôt dans une accumulation chorégraphique. La formule Besson est connue : de l’action non stop qui repose sur une trame minimaliste et un duo comique. Le producteur exploite à plein la formule du buddy movie au point que le duo John Travolta / Jonathan Rhys Meyers confine à la caricature. L’intellectuel porte des lunettes, joue aux échecs, hésite à tirer... et cuisine pour sa compagne. Un peu de testostérone ne lui ferait pas de mal. Ça tombe bien, l’actionner dont le credo pourrait se résumer à « Je tire d’abord, je réfléchis ensuite » se distingue par sa virilité exacerbée. C’est un biker bourrin, fou des armes, dopé aux hamburgers. Plus américain que moi tu meurs !

From Paris With Love, Ninja Assassin, etc.

Ninja Assassin s’appuie sur une structure d’aller-retour entre les époques et les lieux. Le film oscille ainsi entre le récit initiatique, le policier, le film d’arts martiaux. McTeigue s’appuie sur l’anachronisme des situations : la tradition millénaire des ninjas dans le Berlin d’aujourd’hui, des combattants sur le toit d’un immeuble de Tokyo, la technologie nouvelle génération dans un donjon virtuel hors du temps. Disparition de la matière, les ninjas sont filmés comme des figures vampiriques et fantomatiques ne se déplaçant de manière fulgurante et à peine visible que dans l’obscurité. Raizo (Rain) est un combattant revenu d’entre les morts, la créature se retournant contre son créateur, le fils désirant avidement le meurtre du père (Sho Kosugi, lui-même ressuscité). Cicatrices, plaies ou brûlures, rien ne vient écorner ce corps surhumain zéro défaut. Anciennement assistant de Peter Jackson et des frères Wachowski, James McTeigue compose des images léchées mais déstructure l’action. Le duel final s’inspire du cadrage, de la plasticité et de la violence fulgurante des planches de mangas tout en éliminant les pauses qui précèdent l’impact des combattants dans les films de sabre et d’épée japonais traditionnels.


From Paris With Love, Ninja Assassin, etc.

Documentaire drôle et touchant, Anvil revient sur l’entêtement de loosers magnifiques qui vivent dans le possible d’une gloire éphémère. C'est aussi un aussi bel hommage aux héros des années 1980 que l'ont été Rocky Balboa et The Wrestler avant lui. Accrocs à l’adrénaline que procure l’action, ces rockers n’ont malheureusement pas pu satisfaire leur nature profonde et accomplir leur destinée : ils n’ont jamais réussi à être au bon endroit au bon moment. Seul contre tous, Sylvester Stallone a fait le pari de continuer dans la voie qu’il a tracé dans ses deux précédents films. Il réalise actuellement The Expendables pour lequel il a réunit la fine fleur du cinéma d’action des années 1980. A l’image d’Anvil qui continue à croire en sa bonne étoile et à penser que le heavy metal n’est pas mort, Stallone a fait le pari de tout donner pour ne nourrir aucun regret. Il faut le faire, et il faut le faire maintenant.

Roland Fériaud




From Paris with Love
de Pierre Morel
Avec John Travolta, Jonathan Rhys Meyers, Kasia Smutniak, Amber Rose Revah, Melissa Mars, Richard Durden, Farid Elouardi, Chems Dahmani, Frédéric Chau,...
Sortie : 17 février 2010

Ninja Assassin
de James McTeigue
Avec Rain, Naomie Harris, Ben Miles, Shô Kosugi, Rick Yune, Sung Kang, Randall Duk Kim, ...
Sortie : 10 février 2010

Anvil
de Sacha Gervasi
Avec Tiziana Arrigoni, Kevin Goocher, Glenn Gyorffy, William Howell, Steve 'Lips' Kudlow, Lemmy, Robb Reiner, Slash, Chris Tsangarides, Lars Ulrich...
Sortie : 3 février 2010




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