Exposition Sous l’Empire des crinolines (1952-1870)
C’est non sans une pointe de nostalgie que l’on parcourt l’exposition du musée de la Mode de la ville de Paris Galliera (29 novembre 2008 / 26 avril 2009) consacrée à la mode du Second Empire, fondée sur le port de la crinoline.
« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. »
(Charles Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne)
D’abord jupon d’étoffe raidie de crin, elle devient, en 1859, cette jupe de dessous, garnie de baleines et de cercles d’acier flexibles dont le diamètre pouvait atteindre jusqu’à 180 cm. Robe de ville, robe de jour, robe d’été, robe de bal, robe de mariée… La crinoline se décline sous toutes ses formes et ne se sépare jamais de ses accessoires « oblige » : bijoux, ombrelle, éventail, châle, foulard, manchon… Vêtement fascinant dont le musée de la mode offre un panorama riche et varié (plus de 400 pièces dont des tableaux, estampes, photographies, extrait de film) et surtout propose à travers lui la peinture d’une époque et d’un art de vivre. Cette mode ne coïncide pourtant pas exactement avec le Second Empire. Elle voit le jour en 1845, sept ans avant la prise du pouvoir par Napoléon III et s’achève en 1869 avec la consécration de la tournure (évolution de la crinoline, appelée aussi « faux-cul », qui ne couvre que l’arrière).
L’exposition est conçue comme un opéra en trois actes. Ier acte : Bals et réceptions, IIème acte : La Vie moderne, IIIème acte : Paris, capitale du luxe et pérennité de la crinoline. La première salle, dans son décor noir et rouge, expose des robes au style tantôt tapageur tantôt raffiné que les femmes du monde portaient lors de soirées mondaines. Le corsage était également un élément essentiel du port de la crinoline. L’hiver, le rythme de vie effréné pouvait imposer aux femmes de porter jusqu’à trois types de corsages : fermé pour le jour, largement décolleté pour le bal et l’opéra et un décolleté plus petit pour les dîners et le théâtre. Cela semble surréaliste à une époque où l’on ne s’étonne plus de voir des jeans et des baskets à l’opéra ! Le raffinement des accessoires retient également notre attention. Ainsi, ces minuscules carnets de bal en forme d’éventail suspendus à un anneau sur lesquels on inscrivait le nom des danseurs et les danses qui leurs étaient accordées. Les night-clubs d’Ibiza peuvent aller se rhabiller. On trouve également dans cette salle des pièces ayant appartenu à l’impératrice Eugénie, fascinée par le style de Marie-Antoinette qu’elle adapte au goût du jour. Ce n’est pourtant pas elle qui dictait la mode mais plutôt les courtisanes, demi-mondaines et cocottes. Sur ce point les rôles n’ont pas changé : Kate impose, Carla suit.
La deuxième salle est historiquement et artistiquement la plus intéressante. Une robe de George Sand côtoie une autre de la femme du Dr. Gachet, rendu célèbre par les portraits qu’en fit Van Gogh. Littérature et peinture ponctuent en effet cette exposition où l’on pense à Ingres, Winterhalter, Monet, Constantin Guys, dont Baudelaire fît l’éloge dans Le Peintre de la vie moderne (le nom donné à cette salle lui étant emprunté), et bien sûr Zola avec l’essor de l’industrialisation et la floraison à Paris des grands magasins, symbole du développement du Second Empire, qu’Au bonheur des dames avait dépeint avec tant de justesse. On pense également aux Petites filles modèles de la Comtesse de Ségur en voyant ces « poupées de mode », répliques exactes des tenues féminines, destinées à habituer les fillettes aux convenances vestimentaires de l’époque.
La dernière partie de l’exposition, consacrée d’abord aux expositions universelles parisiennes de 1855 et 1857 et à la capitale comme ville du luxe par excellence, nous intéresse, cinéphiles que nous sommes, par sa clôture sur la pérennité de la crinoline garantie notamment par le septième art. Aux côtés de photographies des collections 2008-2009 de Christian Dior et Jean-Paul Gaultier remettant le vêtement au goût du jour, se trouvent les robes portées respectivement par Sonia Petrova dans Ludwig (Luchino Visconti) et Martine Carol dans Lola Montès (Max Ophuls) et un extrait du film où elle porte la fameuse robe de mariée. Mr. Cinéma, vous êtes bien le garant de tout ce qui passe, vous le faites ressurgir, le transformez en « momie du passé », formule chère à André Bazin, et enfin vous immortalisez les styles, les époques et leurs coutumes.
Anouchka Walewyk
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Vente Roman russe
(Prix : 5,50€)
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