Exposition Jean Marais
Comédien à la beauté sculpturale, peintre de génie, metteur en scène, créateur de costumes, décorateur, écrivain, Jean Marais a touché à tous les aspects de la vie artistique sous l’impulsion étoilé du maître Jean Cocteau. Du 4 novembre 2008 au 3 mai 2009, le musée Montmartre de la ville de Paris lui rend hommage à travers une exposition sous titrée "L'Eternel Retour".
Jean Marais. Un nom qui sonne dans les oreilles de la jeune génération comme un peu désuet, trop théâtral sans doute, trop romantique, trop emphatique. Peut- être n’ont ils pas tort mais faut-il encore sortir d’une habitude du cinéma de notre temps : le réalisme et sa façon de représenter le monde tel qu’il est, par une vision désillusionnée, désenchantée : crue et cruelle. Le cinéma français des années 1940 et 1950 (où Jean Marais fut avec Gérard Phillipe l’un des acteurs les plus représentatifs) ne s’enferme pas dans notre représentation inanimée du monde. Au contraire, il la pare de couleurs du rêve, s’empare du romanesque des œuvres littéraires du XIX° siècle, du panache et de la mélancolie des héros romantiques. Il est bien normal que des rires affleurent à la vision de ces films au charme désuet. Mais ce rire n’est pas gai, il est troublé, gêné. Non pas en vérité parce qu’ils trouvent ces films sans sens, mais parce qu’ils aimeraient retrouver ce sens qu’ils ont le sentiment d’avoir perdu sans même l’avoir vraiment connu.
Jean Marais est peut-être la dernière représentation du français virevoltant, doté de panache et de fougue, d’une humanité joyeuse et franche. Il traversa les années sans que le temps ne ternisse sa beauté. Je me rappelle l’avoir rencontré après une représentation théâtrale de L’Arlésienne dans laquelle il jouait le vieux et sage berger. C’est à ce moment précis que j’ai compris ce qu’on entendait par « monstre sacré ».
Cette exposition rend ainsi un hommage sincère et un peu nostalgique à Jean Marais. Et dans toute sa diversité. Peut-être la principale qualité de cette exposition est-elle de montrer l’identité de l’artiste, qui comme Cocteau, s’employa dans plusieurs disciplines. Dans chaque salle est abordé un thème différent, souvent il s’agit de passer d’un art à un autre, de tenter d’établir le tempérament Marais : de la sculpture au stylisme, en passant par la danse, la peinture, le dessin, le théâtre et bien- sûr le cinéma. De nombreuses raretés sont exposées, et l’on peut aisément établir les liens artistiques avec Cocteau : la parenté stylistique de ces sculptures et peintures sont étonnantes sur ce point. Quant aux salles sur le cinéma, elles sont très diversifiées : on peut y voir des costumes de Peau d’Ane ou du Masque de fer, une reconstitution du masque de la Bête, des manuscrits à la fois de correspondances, mais aussi de découpages techniques (faits par Cocteau pour La Belle et la Bête) ou de journaux (faits par Cocteau toujours sur le tournage de L’Eternel Retour), des nombreuses photos et affiches très rares, et enfin des sérigraphies amusantes et particulièrement pertinentes de caricatures de grands acteurs du cinéma des années 1950.
Le seul regret véritable que l’on peut avoir sur cette exposition, c’est celle de n’avoir pas redécouverte la filmographie de Jean Marais, en son entier. Le commissaire de l’exposition n’a connu qu’une faute, celle de ne pas reconsidérer certaines collaborations (bien-sûr Visconti, mais aussi René Clément, Jean Renoir, Claude Carliez, Michèle Morgan, Clément Duhour ou Pabst) ainsi que son rapport avec la génération de la Nouvelle Vague au delà de Demy. Il s’est arrêté aux films les plus connus, aux collaborations les plus célèbres même si par moments, il nous arrive de croiser une affiche de Toute le ville accuse…(beau film méconnu) ou du Château de verre.
Lydie Quagliarella
(Extrait de Capitaine Fracasse, Pierre Gaspard-Huit, 1960)
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