Exposition Jacques Tati


Du 8 avril au 2 août 2009, Jaques Tati fait événement à la Cinémathèque française, et impose de nouveau, vingt-sept ans après sa disparition, sa silhouette longiligne, furtive et dévastatrice, au gré d’une scénographie remarquable d’inventivité privilégiant le ludisme et la déambulation. Un Tati-monde lumineux et foisonnant où le visiteur redécouvre le plaisir de l’hulotisme en "deux temps, trois mouvements".


Exposition Jacques Tati

Formé très jeune à "l’école du regard" au contact de son père artiste peintre d’origine russe, Jacques Tatischeff n’aura certes réalisé que six long métrages de 1947 à 1974, mais qui remettrait en cause aujourd’hui l’homogénéité de ses obsessions, la rigueur et la précision de sa mise en scène, la logique de son évolution ? Cinéaste et acteur exigeant, observateur et commentateur de la France d’après-guerre, il sut créer une œuvre comique totalement originale, bercée d’influences burlesques venues d’outre atlantique (Mack Sennett, Buster Keaton, qui le reconnurent comme un de leurs pairs), mais sans cesse marginale. Inventeur de formes, d’univers visuels et sonores incongrus et décalés, il fut avant tout un maître de la satire et créa des personnages inoubliables (François le facteur, M. Hulot) dont le spectateur est invité à marcher sur les traces colorées (imprimées au sol).

Exposition Jacques Tati

Comme de plain-pied entré dans Playtime, celui-ci est ainsi rapidement enfermé dans une cellule de verre incarnant les paradoxes de la modernité dénoncés dans le film : entre claustrophobie et ouverture, exhibitionnisme et voyeurisme, proximité et distance. La déshumanisation est une affaire de sensation, et nous sommes cette fois-ci personnellement invités à en partager la démesure. Nourrir la fascination pour le cinéaste et partager l’expérience des personnages, telle est la gageure. De photos de famille et de tournage en témoignages d’admirateurs de tous bords et de toutes époques (Truffaut, Pasolini, Wes Anderson), de carnets de gags manuscrits en ‘leçons’ de Tati-cinéma proposées par Stéphane Goudet dans un programme ludique retransmis sur douze télévisions, les références aux œuvres fourmillent et informent autant qu’elles divertissent et surprennent.

(Jacques Tati, Document ORTF, 1967)



Exposition Jacques Tati

Aux pièces d’origine succèdent alors des reproductions tantôt fidèles (le vase Tati et le canapé vert à double boudins de Mon Oncle, la chaise longue des Vacances de M. Hulot), tantôt outrées (une pipe géante signée de la scénographe Masha Makeieff ou la maquette de la Villa Arpel), dispersées çà et là et côtoyant à la fois César, Warhol, ou encore le célèbre Nighthawks d’Edward Hopper. Sans jamais perdre en logique, mais en frôlant quelquefois le trop-plein, Tati l’entomologiste est lui-même disséqué, déconstruit (à l’instar du vélo de François le facteur chez Doisneau), mais aussi caricaturé (Sempé, Cabu, David Merveille), et surtout incarné en chaque visiteur, qui, amusé et curieux, perpétuera son errance.

Exposition Jacques Tati

Aux pièces d’origine succèdent alors des reproductions tantôt fidèles (le vase Tati et le canapé vert à double boudins de Mon Oncle, la chaise longue des Vacances de M. Hulot), tantôt outrées (une pipe géante signée de la scénographe Masha Makeieff ou la maquette de la Villa Arpel), dispersées çà et là et côtoyant à la fois César, Warhol, ou encore le célèbre Nighthawks d’Edward Hopper. Sans jamais perdre en logique, mais en frôlant quelquefois le trop-plein, Tati l’entomologiste est lui-même disséqué, déconstruit (à l’instar du vélo de François le facteur chez Doisneau), mais aussi caricaturé (Sempé, Cabu, David Merveille), et surtout incarné en chaque visiteur, qui, amusé et curieux, perpétuera son errance.


Exposition Jacques Tati

Le dessein est évident : par delà la "monotonie de la modernité" fustigée dans les premières salles, il s’agit de revenir progressivement aux sources, à la simplicité de l’homme et à la modestie de l’artiste. Hulot passe la main, Tati prend le relais : un "mausolée", puis des contours redéfinis par ses collaborateurs Jacques Lagrange ou Pierre Etaix, et enfin Jour de Fête et Parade mis à l’honneur, premier et dernier long-métrages de Tati, tendres et nostalgiques. Du village de campagne où il se réfugia pendant la guerre, au music-hall où il rendit enfin vie aux numéros de mimes qui lui valurent tant de succès, le visiteur retrouve en Tati une fraicheur originale, une légèreté de ton, une jovialité et une naïveté communicatives. Invité à participer aux réjouissances avant son départ, il pourra ainsi les prolonger au dehors, parcourant la Villa Arpel reproduite en taille réelle au Centquatre, le musée de Jour de Fête à Sainte-Sévère ouvert en avril, ou bien en attendant le film d’animation L’Illusionniste, de Sylvain Chomet, tiré d’un scénario de Tati et dans lequel il sera le personnage principal (mai 2009).

Sébastien Léglise


(Bande Annonce de Mon Oncle)




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