Exposition Gainsbourg 2008
Du 21 octobre 2008 et ce jusqu'au 15 mars 2009, La Cité de la musique de la ville de Paris consacre une exposition à Serge Gainsbourg, artiste inclassable, touche-à-tout et iconoclaste.
« Dans la vie moderne il y a tout un langage à inventer.
Un langage autant musical que de mots.
Tout un monde à créer, tout est à faire. »
(Serge Gainsbourg, émission Entrée dans le danse, 13 avril 1968)
C’est sur cette ambitieuse citation que s’ouvre l’actuel hommage aux 80 ans de la naissance de Lucien Ginsburg, le 2 avril 1928, à la Cité de la musique. Tout faire c’est aussi tout détruire, et l’on retrouve bien là le parti pris d’un autre artiste récemment ovationné dans diverses expositions : « Tout acte de création est d'abord un acte de destruction » disait Picasso. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la première partie de l’épopée Gainsbourg s’intitule « La période bleue ». Artaud non plus n’est pas loin qui annonçait « tous les genres de films sont encore à créer ». Trêve de citation. Tout faire, tout détruire, tout recréer : vaste projet partagé par ces artistes mégalomanes, dans le meilleur sens du terme. Mais peut-on véritablement détruire ce qui nous précède ? Pour revenir à la filiation Picasso-Gainsbourg, elle semble riche, autant du point de vue de leur ambition que de leur prédilection pour la « variation ». Les expositions du musée d’Orsay (Picasso / Manet : Le Déjeuner sur l'herbe) du Louvre (Picasso / Delacroix : Femmes d’Alger) faisant écho à celle du Grand Palais (Picasso et les maîtres) rappellent bien, dans un autre registre, le travail de Gainsbourg autour de Dvorak (« Initials BB ») et Chopin (« Jane B », « Lemon Incest »). Les œuvres mêmes de ces artistes, qui ont pourtant bel et bien révolutionné le monde de l’art mais se réclamant toujours du passé, démentent d’emblée leur projet de destruction. Parlons plutôt de recréation.
La modernité, l’histoire de l’art en est témoin, n’existe que par un passage obligé par le classicisme, et l’exposition, malgré son côté « brouillon» où des colonnes sur lesquelles se côtoient photos et vidéos se mêlent à des sculptures, des panneaux écrits, partitions, lettres etc., le tout dans une même salle où règne un joyeux brouhaha de chansons, éloges à l’artiste, extraits sonores de films, d’émissions ou encore de vidéoclips, en est le parfait exemple. Cela dit, si le parcours n’est pas très commode d’un point de vue chronologique et didactique, on y retrouve une ambiance digne des écuries transformées en hôtel particulier rue de Verneuil où le chanteur-compositeur-acteur-et-j’en-passe aimait à mêler ses instruments à des squelettes, photos de Marylin, statue de L’Homme à la tête de chou - qui inspira le titre de l’album éponyme -, allant jusqu’à y recréer le cabinet de curiosités de Des Esseintes, le héros d’A rebours de Huysmans.
Ce capharnaüm d’objets hybrides et parfois inédits se compose de quatre parties (La Période bleue 1958/1964, Les Idoles 1965/1969, La Décadanse 1969/1979, Ecce Homo 1979/…), qui s’enchevêtrent les unes les autres, et trouve surtout son sens dans la multiplicité des approches artistiques et des influences qui furent celles de Mr. Gainsbarre. Démiurge ou artiste total ? Si le chanteur a bien créé un langage, un style et un univers qui lui sont propres, ceux-ci reposent avant tout sur sa faculté à effectuer des croisements entre différentes formes artistiques. Certains de ses albums sont conçus comme des nouvelles avec leurs personnages et intrigues (« Histoire de Melody Nelson », « L’Homme à tête de chou »), Evguénie Sokolov, son unique roman, relate l’histoire d’un peintre (vocation ratée de Gainsbourg), ses films s’inspirent de ses chansons (« Je t’aime moi non plus », « Charlotte For Ever ») et ses compagnes deviennent elles-mêmes des œuvres d’art (pour ne citer que les trois B : Bardot, Birkin, Bambou).
En ce qui concerne ses inspirations, elles sont aussi riches que variées, l’artiste sachant se les approprier sans jamais céder au plagiat. Aussi bien picturales, pensons à l’imagerie d’Edward Hopper dans Je t’aime moi non plus, à Andy Warhol dont il reprend à son compte les Altered Images pour la pochette de Love on the Beat ou encore à ce dessin de Paul Klee qui lui inspira l’album Mauvaises nouvelles des étoiles, cinématographiques, pour ne prendre qu’un exemple : le court remake réalisé en 1982 du Scarface de Hawks, et bien sûr musicales, de Cole Porter à Bob Marley en passant par Sid Vicious et Charles Trenet, la diversité de ces modèles nous montrent bien à quel point Gainsbourg a su créer une œuvre d’une extrême cohérence à partir de références pour le moins éclectiques.
L’exposition permet donc d’envisager de façon kaléidoscopique l’œuvre d’un homme qui fût bien plus qu’un chansonnier provocateur, fumeur de Gitanes alcoolique et qui se plaisait à déranger la bourgeoisie tranquille en brûlant des billets de 500 francs sur le petit écran. Il est pourtant dommage qu’il ait toujours considéré la chanson comme un « art mineur » : « La chanson c’est mon côté métier, le cinéma et les bouquins mon côté artiste ». Monsieur Gainsbourg, ne sous-estimez point votre domaine de prédilection : « Dans l'art, rien n'est mineur par définition. Il y a le bon et le moins bon. Il en est ainsi de tous les arts. » disait à juste titre Pierre Perret. Trêve de citation, en un mot comme en cent, vous y excelliez.
Anouchka Walewyk
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Vente Roman russe
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