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ENTRETIEN AVEC FRANCIS FORD COPPOLA

Par Ana Otasevic


Arborant un look hemingwayien, c’est affublé d’un panama et d’une barbe toujours aussi touffue que Francis Ford Coppola s’est présenté à nous. Débonnaire, décontracté et patient, il a répondu à nos questions sur son dernier film, Tetro, lors de son passage au dernier Festival de Cannes, dans la chambre d’un grand hôtel de la Croisette.


ENTRETIEN AVEC FRANCIS FORD COPPOLA

" Je me sens enfin libéré "


Acmé : Ce n’est pas la première fois que vous venez à Cannes.


Francis Ford Coppola : Cannes, ça a toujours été beaucoup de fêtes, des milliers de gens, du beau temps. Cette image n’a pas changé en 30 ans, depuis que j’y suis venu pour présenter Apocalypse Now. Je n’ai pas eu de mal à retrouver mes marques.

A : Sauf qu’aujourd’hui vous ne concourrez plus pour la Palme d’or. Tetro, votre nouveau film, a fait l’ouverture de La Quinzaine des réalisateurs.

F. F. C. : Dès le départ, j’avais prévenu les organisateurs que je ne viendrais pas au festival si mon film ne concourrait dans aucune sélection. Ils m’ont alors rappelé pour que j’assiste à une projection de gala. Pensant que Tetro était un film trop personnel pour que je ne le défende pas, je m’étais décidé à y aller mais j’avais pris la résolution de laisser mon smoking au placard. A ma grande surprise, j’ai reçu une invitation pour La Quinzaine des réalisateurs qui est une case qui convient parfaitement à ce film plus intimiste que mes précédents longs métrages.


A : Deux ans après votre come-back et L’Homme sans âge, vous contez, dans Tetro, l’histoire d’une rivalité artistique, de secrets profondément enfouis, de l’envers du succès sur fond de conflits au sein d’une famille d’immigrés italiens. Pourquoi avoir choisi de filmer cette thématique si dense et si proche de vous dans une ville comme Buenos Aires ?

F. F. C. : Le choix de Buenos Aires fut avant tout dicté par des impératifs économiques. Le tournage en Argentine a, en outre, contribué à faire de Tetro une fiction – ce qui aurait été plus difficile si le film avait été fait à New York. Si tout ce qu’on voit dans le film n’a pas forcément eu lieu, la plupart des événements sont véridiques. La délocalisation permettait ainsi d’éviter que le film ne soit perçu comme trop autobiographique puisque Tetro s’inspire en partie de l’histoire de ma famille. A l’instar de mon grand-père maternel, Francesco Penino, mon père Carmine est musicien chef d’orchestre et compositeur. Il est assez éloigné du personnage qu’interprète Klaus Maria Brandauer dans le film. Je me suis cependant servi de sa frustration de jeune musicien que la réussite fuyait, comme source d’inspiration.

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