Concert de Lalo Schifrin à la Grande Halle de la Villette


Le compositeur de jazz et de musique de film Lalo Schifrin était l'un des invités du Pariz Jazz Festival de cette année.


Concert de Lalo Schifrin à la Grande Halle de la Villette

Lalo Schifrin (1932- ) avait été à Paris en avril 2007 au Grand Rex. Il y est revenu ce 15 septembre 2008 non plus en tant que compositeur de musiques de films mais en tant que jazzman.

Il est vrai que le compositeur de L'Inspecteur Harry, de Bullit ou de Luke la Main froide avait été l'arrangeur de Stan Getz, Jimmy Smith et, surtout, de Dizzie Gillespie dans les années 1960. Ajoutées sa formation et son expérience liées à la musique classique (il fut notamment l'élève d'Enrique Barenboim - le père du pianiste Daniel Barenboim - et d'Olivier Messiaen) ainsi que ses origines argentines, le style Schifrin se définit par un mélange des genres et des influences.

Sur la scène de la Villette, Lalo Schifrin jongla entre petit ensemble constitué d'étonnants solistes (le contrebassiste Pierre Boussaguet, le batteur Tom Gordon et surtout l'énormissime trompettiste Jon Faddis) et grand orchestre (impeccable Orchestre National d'Ile-de-France), lui-même se chargeant les oreilles et les mains toujours alertes du piano. La disposition même de l'orchestre rappela celle des grands ensembles de jazz des années 1940 avec ces instruments à vent juchés à l'arrière scène sur deux strapontins dans une semi-obscurité. Les instruments à corde séparaient ces derniers de l'orchestre de jazz. Une telle disposition illustrait les intentions de la musique de Schifrin : faire du jazz be bop tout en lui adjoignant une structure classique. Il jonglait à son habitude entre sonorités jazz des instruments primaires, arrière fond classique qui conférait à l'ensemble une dimension plus haute et rythmique typiquement schifrienne provenant de la batterie (à l'image du premier morceau interprété ce soir-là "Berlin").

Le jeune innovateur de ses débuts qui est devenu entre-temps un vieux maître n'oublie pas l'arrangeur qu'il fut et qui transcendait le matériel original en le rendant abordable à un plus grand nombre. Comme de coutume, Schifrin aime à jouer avec le mélange des sonorités. Dans "L'Inspecteur Harry", il insiste sur l'urbanité du thème principal. Dans "Tuez Charley Varrick", il superpose le bruit d'un moteur d'avion à celui de sa composition. A la Vilette, il mélangea musicalement par un savant jeu de mot des morceaux interprétés par Charlie "Bird" Parker à "L'Oiseau de feu" d'Igor Stravinski, fit un patchwork des compositions de Miles Davis qui finissaient par se superposer et conféra des sonorités latino-américaines aux œuvres de Gillespie. A la fin, Monsieur Schifrin rappela les origines jazz de son indémodable "Mission : Impossible" et offrit ainsi la cerise sur la gâteau à une foule pourtant non rassasiée.

La lecture du livre d'entretien avec le compositeur concocté par Georges Michel est forcément et vivement recommandée : Lalo Schifrin, éditions Rouge Profond, Paris, 2006 - 23 euros.





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