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Cinq questions à Serge Bromberg


Du 7 au 12 juin dernier, le festival international du film d'animation d'Annecy a fièrement fêté son 50ème anniversaire. Quelques jours avant son ouverture, nous avions posé cinq questions à Serge Bromberg, le directeur artistique de la manifestation.


Cinq questions à Serge Bromberg

Acmé : L’animation et le muet ont-ils en commun d’être un cinéma hors du temps ?
Serge Bromberg : C’est possible… en tout cas, ils sont hors d’un lieu précis – puisque ce sont des films mondiaux. Il n’y a dans ma présence simultanée dans le monde de l’animation et dans le monde du muet qu’un effet de coïncidence, aucune volonté de ma part. Je suis un grand amoureux et un connaisseur du cinéma d’animation par goût ainsi qu’un grand amoureux et un grand connaisseur de cinéma muet mais je suis également un grand amoureux de cinéma noir, de certains grands réalisateurs comme Mankiewicz ou Billy Wilder. Je reste un cinévore. Il ne faut pas chercher de logique là où il n’y en a pas.

Comment s'est passée la sélection de cette 50ème édition du festival d’Annecy ?
C'est un rituel. La vraie sélection se fait au mois de mars. Je vois des films 10 heures par jour. C’est un sacré exercice. C’est passionnant mais c’est un sacré marathon. En tant que spectateur de festival vous ne voyez que le meilleur tandis qu’en tant qu’organisateur vous voyez également toutes les erreurs, toutes les tentatives de ces gens qui ratent mais qui en ratant essayent d’ouvrir de nouvelles voies. On découvre ainsi des choses passionnantes.

Malgré la prédominance de la synthèse, peut-on encore parler de diversité de techniques de l’animation ?
Toujours. Le monde est divers. A l’heure où sort La Princesse et la grenouille, nous sommes à l’ère des mélanges. Gainsbourg se sert de l’animation. Avatar est un film d’animation... ou pas. Il y aura bientôt Toy Story 3 et Shrek 4. L’important c’est de trouver la bonne longueur et le bon rythme pour chaque histoire. Si on la rend plus longue que besoin, on la tue. Si on la rend plus courte ou si on la raconte avec les mauvais mots, on la tue également. A chaque histoire, correspond son imaginaire, son langage, sa technique son univers. Les bons réalisateurs se mettent au service de leur histoire pour lui donner chaussure au bon pied. Les mauvais réalisateurs se disent qu’ils sont spécialistes dans un domaine et tentent de tordre l’histoire à leurs désirs d’auteurs – ça ne marche jamais.


Cinq questions à Serge Bromberg


Dans l’un des précédents éditos du festival d’Annecy, vous déclariez que le cinéma d’animation était avant tout « un état d’esprit ». Cet état d’esprit a-t-il finit par contaminer le cinéma traditionnel ?
On ne peut rien vous cacher ! Fut un temps où on disait que l’animation allait disparaître. J’ai un peu l’impression que c’est le contraire. Le cinéma en général est en train de se fondre dans l’animation. Avec l’émergence d’univers virtuels à travers les jeux vidéos par exemple, les gens s’habituent à évoluer dans les univers fictifs. Du coup, cette imagerie fictive – renforcée par la BD, la prédominance des trucages et des constructions visuelles – fait que les gens se projettent de plus en plus dans les univers qui sont propres à l’animation, en d’autres termes, des univers d’imagination pure et non des univers réels. C’est une évolution logique. Bientôt le festival de Cannes n’existera plus. Il n’y aura plus que le festival d’Annecy.

L’ancienne antichambre du festival de Cannes finira-t-elle donc par le supplanter ?
Mais bien sûr ! Tim Burton qui a présidé l’édition cannoise de cette année a commencé avec des films en animation. Aujourd’hui, on voit bien que le festival de Cannes fait une place de plus en plus importante à l’animation, l’année dernière en ouvrant sur Up, il y a deux ans avec Valse avec Bachir. L’animation, ce n’est plus Mickey mais c’est – comme nous le savons à Annecy depuis 1960 – un art majeur qui permet d’explorer l’imaginaire et l’inconscient humain jusque dans ses tréfonds où le cinéma traditionnel ne peut pas aller.




Pour lire l'entretien accordé par Serge Bromberg à l'occasion des Dossiers d'Acmé consacré au cinéma muet, cliquez ici.





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