Andy Warhol VS The People
Le grand monde d’Andy Warhol, 18 mars – 13 juillet 2009, Galeries nationales, Grand Palais
L’œuvre d’Andy Warhol est décidément inépuisable et l’on en finit plus de découvrir différentes facettes de sa production. La Factory portait effectivement bien son nom. C’est sur un genre négligé, le portrait, et remis au goût du jour par l’artiste, que le Grand Palais célèbre cette année le « grand monde » d’Andy Warhol. De 1967 à sa mort, en 1987, il va réaliser les portraits de dizaine de personnalités, connues ou non.
On connaît les fameux portraits « à la chaîne » de Marilyn, Jacky, Elizabeth et Mao. On sait moins que le roi du Pop Art s’affirma véritablement comme le van Dyck de son temps et portraitisa les plus grands de ce monde, mais pas seulement. La petite histoire veut que Warhol participait jusqu’à trois dîners par soir pour obtenir des commandes. La toile d’un mètre sur un mètre se vendait $ 25'000 ; $ 5'000 par panneau supplémentaire. Ils seront des centaines à se les arracher et le portrait deviendra rapidement la principale source de revenue de l’artiste.
« Tous mes portraits doivent avoir le même format, pour qu’ils tiennent tous ensemble et finissent par former un seul tableau intitulé « Portrait de la société ». Bonne idée, non ? Peut-être qu’un jour le Metropolitan Museum voudra l’acquérir. »
Si le « Met » n’a pas souhaité acquérir cette « œuvre » - le musée se serait d’ailleurs vu obligé de renoncer à l’ensemble de ses autres collections pour exposer ce titanesque portrait de la société -, le Grand Palais réuni ici plus de 200 portraits d’individus de tous milieux. Divisée en quinze salles, l’exposition retrace l’œuvre du portraitiste selon les types de modèles, de l’autoportrait aux artistes, politiciens, sportifs et industriels en passant bien sûr par les icônes modernes : les stars. Aux côtés de Monroe et Taylor, on retrouve donc Judy Garland mais aussi Bardot, Meryl Streep ou Lana Turner.
Plus inattendus sont les portraits d’inconnus (« An American Lady »), de Lénine, Diane von Fürstenberg, Caroline de Monaco et des œuvres de commande des présidents Gerald Ford et Jimmy Carter ou encore du Shah d’Iran. Il va également détourner une photographie de Richard Nixon, qui deviendra une affreuse sérigraphie verdâtre du président sortant, pour servir la campagne de George McGovern (on pense bien sûr à la récente affiche de la campagne d’Obama, elle aussi d’inspiration Warholienne). L’artiste va en effet renouer avec la grande tradition des peintres de cour mais également avec celle des portraits de collectionneurs, tels ceux d’Ambroise Vollard exécutés par Cézanne et Renoir.
Répartie sur deux étages, dont la décoration murale reprend les wallpapers, papiers peints créés par Warhol (Mao, Cow Wallpaper), l’exposition restitue pleinement le désir de Warhol d’un « Portrait de la société ». Ainsi, le glamour, les paillettes et le luxe ne sont pas les seuls centres d’intérêt de l’artiste comme la postérité a souvent voulu le laisser entendre. La beauté reste cependant un élément essentiel du « style Warhol » : « J’essaie toujours de rendre le visage aussi beau que possible. » Une vidéo montrant l’artiste au travail avec l’actrice et chanteuse Debbie Harry est à ce titre très éclairante sur cette approche « cosmétique » du portrait. Tous les éléments sont réunis pour sublimer le sujet : le teint éclairci, les rides et les imperfections effacées, l’éclairage, le maquillage et bien sûr le choix des couleurs, toujours en adéquation avec la personnalité du portraitisé.
Cette fascination du beau à été particulièrement soulignée dans l’exposition de La Maison Rouge qui a fait écho à celle du Grand Palais (Warhol TV, février – mai 2009). Il ne s’agit pas uniquement d’une beauté plastique. Warhol s’intéresse autant à ceux qui la possèdent qu’à ceux qui la fabriquent. On retrouve dans ses portraits aussi bien des musiciens (Mike Jagger), des peintres (Jean-Michel Basquiat), des cinéastes (Clint Eastwood) que des artistes de music-hall (Liza Minnelli) et des créateurs de mode (Sonia Rykiel, Yves Saint Laurent, qui a d’ailleurs créé une collection en hommage à Warhol).
« J’aime bien l’esprit de Warhol. Ce n’est pas un peintre ou un cinéaste. C’est un filmeur. » disait Marcel Duchamp. Aux portraits et polaroïds s’ajoutent en effet les fameux Screen Tests, récemment projetés à la Cinémathèque, qui reprennent le concept du portrait et le perfectionne en donnant vie à ces modèles muets et quasi-immobiles. M. Warhol, vous en avez sans doute plus dit sur l’âme humaine par le silence que mille autres par la logorrhée.
Anouchka Walewyk
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