Burton a fait le choix pertinent de la vraisemblance physique : avant d’être un page avec une montre, le lapin blanc ressemble bien à un lapin, tout comme le chien qui aide Alice dans sa fuite et les grenouilles de la Reine de cœur, alors que la végétation colorée du pays des merveilles a une vraie présence matérielle, renforcée par un usage discret mais efficace de la stéréoscopie. Burton a compris que la loufoquerie de l’univers gagnerait en efficacité s’il était présenté comme le plus crédible possible.
Ce qui n’interdit pas, au contraire, les audaces formelles, en particulier dans la représentation des acteurs humains dont le réalisateur déforme avec bonheur l’anatomie : les jumeaux Tweedledum et Tweedledee sont difformes, la tête de la Reine de cœur est disproportionnée (comme les yeux du Chapelier et le corps des courtisans), les membres du capitaine de la garde sont allongés (ce qui donne à Crispin Glover, déjà naturellement efflanqué, une silhouette qui évoque celle de Jack Skellington). Mais la bouche d’Anne Hathaway, naturellement immense, n’a pas eu besoin d’être transformée. Les mutations physiques d’Alice (qui passe son temps à rapetisser et grandir), sont comme étendues à tous les autres personnages de l’histoire.