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Alice au pays des merveilles,Tim Burton

Le Triomphe de la raison


Alice aux pays des merveilles est le meilleur film de Tim Burton depuis 10 ans. Le nouveau métrage du réalisateur est un spectacle consensuel mais très plaisant, parfois authentiquement inventif et graphiquement bluffant. Dommage que ces nobles efforts soient noyés dans une dernière partie idéologiquement discutable.


Alice au pays des merveilles,Tim Burton

Constatons le d'emblée : l’univers visuel d’Alice au pays des merveilles est splendide ! Les outrances de Charlie et la chocolaterie se sont équilibrées avec la sobriété de Sweeney Todd pour produire un univers foisonnant et parfois malaisant. Le pays des merveilles, s’il porte assurément la patte de Burton (costumes extravagants et végétation de guingois), prolonge la représentation canonique qu’en avait donné le studio Disney dans son dessin-animé de 1951. On retrouve donc Alice et sa robe bleue, le lapin et sa montre gousset, la chenille et son narguilé, les cartes à jouer en armure, des créations dont la présence est rendue évidente par des effets spéciaux proches de la perfection. Sauf que les couleurs vives du monde d’Alice sont désormais légèrement passées, que les créatures sont plus menaçantes qu’à l’accoutumé. Les yeux exorbités et la peau sur les os, le Lièvre de Mars ressemble à une bestiole empaillée et rongée aux mites, redonnant une part d’étrangeté aux inventions de Lewis Carroll (on reste cependant loin du chef d’œuvre morbide de Jan Svankmajer).

Alice au pays des merveilles,Tim Burton

Burton a fait le choix pertinent de la vraisemblance physique : avant d’être un page avec une montre, le lapin blanc ressemble bien à un lapin, tout comme le chien qui aide Alice dans sa fuite et les grenouilles de la Reine de cœur, alors que la végétation colorée du pays des merveilles a une vraie présence matérielle, renforcée par un usage discret mais efficace de la stéréoscopie. Burton a compris que la loufoquerie de l’univers gagnerait en efficacité s’il était présenté comme le plus crédible possible.

Ce qui n’interdit pas, au contraire, les audaces formelles, en particulier dans la représentation des acteurs humains dont le réalisateur déforme avec bonheur l’anatomie : les jumeaux Tweedledum et Tweedledee sont difformes, la tête de la Reine de cœur est disproportionnée (comme les yeux du Chapelier et le corps des courtisans), les membres du capitaine de la garde sont allongés (ce qui donne à Crispin Glover, déjà naturellement efflanqué, une silhouette qui évoque celle de Jack Skellington). Mais la bouche d’Anne Hathaway, naturellement immense, n’a pas eu besoin d’être transformée. Les mutations physiques d’Alice (qui passe son temps à rapetisser et grandir), sont comme étendues à tous les autres personnages de l’histoire.

Alice au pays des merveilles,Tim Burton

L’utilisation de la 3D rend prégnant ce jeu avec les échelles, présentant au spectateur un espace en volume dont la taille semble "réellement" varier : l’utilisation du plan subjectif lors des transformations d’Alice nous met littéralement à sa place, expérimentant les changements de forme de notre horizon perceptif. Alice se devait d’être en 3D, tant la mise en scène d’effets de disproportion est centrale à la plupart des films tridimensionnels récents : chez Robert Zemeckis, Beowulf affronte un Grendel de plusieurs mètres (qui rétrécie lorsque son bras est coupé) et Scrooge est, comme Alice, réduit à la taille d’un souris lorsqu’il est poursuivi par le Fantôme des Noëls futurs ; l’héroïne de Monstres contre aliens est une femme de vingt mètres de haut et les personnages de Tempête de boulettes géantes sont menacés par des chutes de nourriture cyclopéenne. Dans Fly Me to the Moon et Mission-G, notre point de vue sur le monde des humains est celui de petits animaux (mouches et cochons d’inde). Quand à Avatar, un de ses plus beaux moments est bien sûr celui ou la gigantesque extra-terrestre prend dans ses bras le corps menu de son amant humain.

(Cliquez ici pour lire la suite)

Sylvain Angiboust

(Remerciements à Renan Cros)


Alice aux pays des merveilles
(Alice in Wonderland)
de Tim Burton,
avec Mia Wasiwoska, Helena Bonham-Carter, Johnnie Depp, Anne Hathaway, Michael Sheen, Stephen Fry, Alan Rickman…
Sortie France : 24 mars 2010





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