Avant de nous asséner son redoutable dernier quart d’heure, Alice au pays des merveilles est - il faut le répéter - un spectacle consensuel mais très plaisant, parfois authentiquement inventif (les têtes coupées qui nagent dans les douves du château de la reine de cœur). Le film occuperait alors dans l’œuvre de Burton à peu près la même place que La Planète des singes : un refus de se confronter à la vaste matière thématique de l’œuvre adaptée, compensé par un très beau travail d’illustration. Mais la fin d’Alice est l’occasion pour Burton de révéler son véritable visage, et il n’est pas beau à voir. La joie règne au pays des merveilles et le Chapelier fou se met à danser le hip hop, clin d’œil grossier au public des High School Musical. Quand à Alice, après avoir combattu pour défendre le pouvoir royal, elle rentre chez elle et décide de parcourir le monde…pour établir un comptoir colonial en Chine ! Une morale rance, impérialiste et mercantile qui ne fait malheureusement que confirmer ce qui était évident depuis Big Fish : Tim Burton a mal vieilli et son merveilleux est devenu réactionnaire.
Sylvain Angiboust
(Remerciements à Renan Cros)
Alice aux pays des merveilles
(Alice in Wonderland)
de Tim Burton,
avec Mia Wasiwoska, Helena Bonham-Carter, Johnnie Depp, Anne Hathaway, Michael Sheen, Stephen Fry, Alan Rickman…
Sortie France : 24 mars 2010