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Alice au pays des merveilles,Tim Burton

Le Triomphe de la raison


Alice aux pays des merveilles est le meilleur film de Tim Burton depuis 10 ans. Le nouveau métrage du réalisateur est un spectacle consensuel mais très plaisant, parfois authentiquement inventif et graphiquement bluffant. Dommage que ces nobles efforts soient noyés dans une dernière partie idéologiquement discutable.


Alice au pays des merveilles,Tim Burton

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La réussite visuelle est presque complète, à peu près autant que la trahison de l’œuvre de Lewis Carroll. L’idée de faire d’Alice une jeune femme plutôt qu’une enfant et de proposer une vision alternative du pays des merveilles (qui ne s’appelle plus « wonderland » mais « underland ») est intéressante mais peu exploitée. Plus gênante est la façon dont Burton fait d’Alice aux pays des merveilles un ersatz (très efficace) de L’Histoire sans fin et du Monde de Narnia : loin de nous l’idée de critiquer les sympathiques adaptations des romans de Michael Ende ou C.S. Lewis, nous constatons simplement qu’elles sont aux antipodes de l’univers carrollien. Dans les romans de Carroll, le monde d’Alice est insensé et provoquant, sans queue ni tête ni morale. Dans le film de Burton, au contraire, Alice suit une prophétie qui lui dicte ses actes (et qui annule l’imprévisibilité du roman) et prend partie dans un combat entre le Bien et le Mal (la reine rouge et la reine blanche sont l’équivalent de la sorcière de l’Ouest et de celle du Nord dans le récit conventionnel du Magicien d’Oz). Le Chat de Cheshire et la chenille, chamans de l’absurde, donnent désormais des leçons de morale et le chapelier anarchiste devient un serviteur de la reine blanche.

Alice au pays des merveilles,Tim Burton

Lewis Carroll, qui était professeur, destinait son ouvrage aux enfants, invitant leurs petits esprits à explorer un imaginaire ravageur récusant la logique et les normes sociales. Tim Burton préfère se conformer à son image d’amuseur inoffensif (il ne l’a pas toujours été) et offrir à son public un délire de surface, aussi agréable qu’inoffensif. Là où il trahit Carroll, d’autres ont su revenir aux sources angoissantes et contestataires de son œuvre. L’héroïne du Labyrinthe de Pan porte une robe verte à tablier, semblable à celle, bleue, de l’Alice de Disney mais doit mourir pour rejoindre le monde merveilleux. Le voyage rêvé de la petite fille de Tideland évoque également celui d’Alice mais aboutit à une bouleversante évocation du deuil et de la folie. Quand à Max et les Maximonstres de Spike Jonze, l’absurdité de ses dialogues, la violence de ses situations, son refus du symbolisme et de tout progrès narratif en font le véritable continuateur de Carroll, par le biais du livre de Maurice Sendak. A la fin d’Alice aux pays des merveilles selon Tim Burton, on apprend qu’il faut croire en ses rêves et toujours dire la vérité ; c’est maigre lorsque l’œuvre d’un Terry Gilliam tend à remettre en cause notre perception de la réalité et à présenter la maladie mentale comme une échappatoire positive au monde des hommes.

Alice au pays des merveilles,Tim Burton

Avant de nous asséner son redoutable dernier quart d’heure, Alice au pays des merveilles est - il faut le répéter - un spectacle consensuel mais très plaisant, parfois authentiquement inventif (les têtes coupées qui nagent dans les douves du château de la reine de cœur). Le film occuperait alors dans l’œuvre de Burton à peu près la même place que La Planète des singes : un refus de se confronter à la vaste matière thématique de l’œuvre adaptée, compensé par un très beau travail d’illustration. Mais la fin d’Alice est l’occasion pour Burton de révéler son véritable visage, et il n’est pas beau à voir. La joie règne au pays des merveilles et le Chapelier fou se met à danser le hip hop, clin d’œil grossier au public des High School Musical. Quand à Alice, après avoir combattu pour défendre le pouvoir royal, elle rentre chez elle et décide de parcourir le monde…pour établir un comptoir colonial en Chine ! Une morale rance, impérialiste et mercantile qui ne fait malheureusement que confirmer ce qui était évident depuis Big Fish : Tim Burton a mal vieilli et son merveilleux est devenu réactionnaire.


Sylvain Angiboust
(Remerciements à Renan Cros)


Alice aux pays des merveilles
(Alice in Wonderland)
de Tim Burton,
avec Mia Wasiwoska, Helena Bonham-Carter, Johnnie Depp, Anne Hathaway, Michael Sheen, Stephen Fry, Alan Rickman…
Sortie France : 24 mars 2010




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